Par Mohamed Tahar Aissani—/—Un souffle nouveau parcourt l’Afrique depuis Alger. Du 28 au 31 juillet, la capitale algérienne s’est muée en carrefour d’excellence culturelle, accueillant virtuellement une constellation de spécialistes du patrimoine venus de 27 pays africains. Objectif : façonner l’avenir commun de la mémoire continentale en l’inscrivant durablement sur la liste prestigieuse du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Dans une initiative qui conjugue vision, savoir-faire et diplomatie douce, le ministère algérien de la Culture et des Arts, en partenariat avec le Fonds pour le patrimoine mondial africain, a lancé une formation de haut niveau à distance, prélude à un rendez-vous présentiel d’envergure prévu en septembre à Alger. L’événement, discret en apparence, constitue pourtant une avancée stratégique majeure pour le continent. À travers cette session, les États africains participants – de la Tanzanie à la Guinée, en passant par la Mauritanie, le Cameroun, Djibouti, le Mozambique ou encore l’Afrique du Sud – ont mis en commun une ambition partagée : renforcer leur capacité à défendre leurs trésors naturels et culturels devant les instances internationales. L’atelier, encadré par des experts du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) et de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), s’est voulu rigoureux, méthodique et résolument orienté vers l’efficacité. Concrètement, les experts ont dévoilé aux participants des outils méthodologiques avancés, centrés sur l’étape cruciale du pré-dossier de candidature, souvent négligée, mais pourtant décisive. Mieux préparés, mieux structurés, ces dossiers ont désormais de meilleures chances de franchir le filtre sévère des comités consultatifs de l’UNESCO. L’Algérie ne s’est pas contentée de jouer les hôtes. Elle affirme ici un leadership culturel assumé sur le continent. Dans un contexte mondial marqué par des enjeux de réappropriation identitaire, de réparations mémorielles et de souveraineté symbolique, cette initiative s’inscrit dans une stratégie à long terme : celle de réaffirmer la voix africaine dans l’arène internationale, en valorisant des sites jusque-là ignorés ou marginalisés. Le ministère de la Culture a d’ailleurs précisé que plusieurs dossiers initiaux ont été esquissés durant l’atelier. Ils concernent des sites à haute valeur écologique, historique ou spirituelle. Ces projets seront approfondis et évalués de manière intensive lors de la session de septembre, centrée sur des applications pratiques. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter des noms à une liste. Derrière chaque site proposé se cache une histoire, une mémoire collective, un savoir-faire ancestral ou une biodiversité unique. En renforçant la présence africaine dans le patrimoine mondial, l’Algérie et ses partenaires africains s’engagent dans une diplomatie culturelle fondée sur le sens, la transmission et la souveraineté. « Ce que nous défendons, ce n’est pas seulement la beauté d’un paysage ou l’ancienneté d’une bâtisse. C’est une vision du monde, un rapport au vivant, à la mémoire et à l’avenir », confie une participante originaire de Cotonou. L’Afrique ne veut plus être reléguée au rôle de figurante dans les processus internationaux de labellisation patrimoniale. Elle s’organise, apprend, coopère. Et Alger devient, peu à peu, son centre de gravité stratégique. La capitale algérienne ambitionne ainsi de devenir un hub culturel africain, capable de fédérer les initiatives patrimoniales, de structurer des réseaux d’expertise et d’amplifier la diplomatie culturelle du continent. L’événement de septembre s’annonce déjà comme un moment fondateur. Il prolongera cette dynamique en réunissant physiquement les forces vives du patrimoine africain pour un travail concret sur les dossiers, mais aussi pour jeter les bases d’une coordination pérenne. En creux, cette initiative dit aussi autre chose : que la culture est une arme de souveraineté, et que l’Afrique, malgré les défis, sait conjuguer ses héritages pluriels au futur de manière intelligente, collective et ambitieuse. L’Algérie, par cette action structurante, ne fait pas que défendre son propre patrimoine – elle réactive une conscience africaine commune, et ouvre la voie à une nouvelle géographie de la mémoire.
