Affaire Imetal;
Le procès d’un dossier tentaculaire renvoyé au 16 février 2026

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Par Dr Mohamed Tahar Aissani—/—
À Alger, la justice a de nouveau appuyé sur « pause » dans l’un des dossiers de corruption économique les plus sensibles du moment. La Cour du pôle pénal économique et financier spécialisé de Sidi M’hamed a décidé, ce lundi, de reporter l’audience consacrée à l’affaire dite Imetal au 16 février 2026, alors que la séance devait se tenir aujourd’hui. Ce renvoi n’est pas un simple épisode de calendrier : il confirme la nature lourde et ramifiée d’un dossier où s’entrecroisent grandes entreprises publiques, marchés industriels, circuits de décisions, et soupçons de favoritisme. À chaque report, c’est une question qui revient, insistante : jusqu’où remonte la chaîne des responsabilités quand l’économie publique devient un terrain de rente ? Au cœur des poursuites figure l’ancien ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique Ali Aoun, cité aux côtés de son fils, ainsi que d’un homme d’affaires présenté sous le surnom de « Nounou Manita ». Le dossier implique également d’anciens dirigeants d’entités rattachées au groupe public, notamment Fondal et Sider El Hadjar, selon des informations rapportées par le site Ultra Algérie. La liste des personnes visées élargit encore le champ: elle inclut l’ex-président de la Fédération algérienne de football Charaf-Eddine Amara, l’ex-directeur de l’hôtel El Aurassi, ainsi qu’un responsable lié à une société automobile représentant une marque chinoise sur le marché algérien, en plus d’autres prévenus. Ce qui rend l’affaire Imetal particulièrement explosive, c’est la nature des faits évoqués : corruption, mauvaise gestion, dilapidation de deniers publics, avantages indus, abus d’influence, et surtout une zone grise récurrente dans les dossiers industriels, celle des marchés et sous-marchés où la décision technique peut devenir une décision politique, et où la procédure peut être contournée par des arrangements. Les investigations, telles que résumées dans le texte-source, pointent notamment des manipulations autour de transactions de déchets ferreux et de résidus de cuivre, ainsi que l’attribution de marchés en contradiction avec la réglementation, la réception d’avantages non justifiés, et l’exploitation d’une position administrative à des fins d’enrichissement. Les faits poursuivis s’inscrivent dans le cadre de la loi relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, souvent mobilisée dans les grands dossiers de moralisation de la vie économique. Sur le plan procédural, l’affaire a connu un tournant en juillet 2024, lorsque le juge d’instruction de la troisième chambre du pôle économique et financier a ordonné une enquête complémentaire approfondie, plutôt qu’un renvoi direct en jugement. Motif : des indices laissaient apparaître l’implication potentielle d’autres parties, une orientation ensuite confirmée par la chambre d’accusation près la Cour d’Alger. Conséquence immédiate : Ali Aoun a été placé sous contrôle judiciaire, au même titre que plusieurs autres mis en cause. Le 19 novembre 2024, la chambre d’accusation a également confirmé le maintien en détention de certains prévenus, dont le fils de l’ancien ministre, « Nounou Manita », ainsi que des responsables de Fondal et de Sider El Hadjar. D’autres accusés, dont l’ex-président de la Fédération algérienne de football et l’ancien directeur de l’hôtel El Aurassi, ont, eux, été soumis au contrôle judiciaire. Quant au responsable lié à l’entreprise automobile associée à une marque chinoise, il a fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire et d’un retrait de passeport, selon la même source. Enfin, un élément ajoute une dimension transfrontalière au dossier : certaines opérations suspectes auraient été conclues hors d’Algérie, avec notamment des déplacements en Mauritanie à l’occasion d’activités liées à l’Union arabe de la mine et de l’acier, contexte dans lequel des transactions auraient suscité des soupçons de corruption et d’abus d’influence. Au fond, l’affaire Imetalmet à nu un point de fracture majeur : quand la gestion des grands complexes industriels publics se brouille entre stratégie nationale et intérêts privés, le coût final n’est pas seulement comptable, il est politique, social et moral. Et c’est précisément ce que la société attend de la justice : non pas une simple succession de reports, mais la mise en lumière des mécanismes, des décideurs et des responsabilités.

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