Le décalage brutal entre la rigueur académique et la tyrannie de l’immédiateté médiatique c’est précisément là que réside le malaise profond: Quand un historien de la stature de Benjamin Stora, qui a passé quarante ans dans les archives, qui a écrit des dizaines d’ouvrages de référence et qui porte sur ses épaules une mission d’État ultra-sensible, se retrouve face à une question sur un influenceur web, c’est une forme de « naufrage intellectuel » pour le débat public. Poser une question sur cet analphabete « Amir DZ » à Benjamin Stora, c’est comme demander à un prix Nobel de physique son avis sur un tutoriel de bricolage sur TikTok. C’est une négation de son expertise. En manifestant sa colère, Stora a défendu la hiérarchie du savoir : la parole d’un chercheur ne peut pas être mise sur le même plan que l’agitation numérique. Le journaliste français d’une chaine de télévision connue pour sa haine envers les algériens, en cherchant à le faire réagir sur un personnage polémique, espérait probablement obtenir un « clash » ou une déclaration qui ferait le tour des réseaux sociaux en évitant de parler du fond du rapport (les disparus, les essais nucléaires, les archives) pour parler de polémiques de caniveau. Stora a dénoncé ce procédé car cela réduit la relation franco-algérienne à une querelle de personnes au lieu d’une réflexion sur l’Histoire. En tant que « Monsieur Mémoire » nommé par l’Élysée, Stora se doit d’incarner une certaine hauteur de vue. Accepter de répondre sur des influenceurs, c’était valider ce niveau bas et s’abaisser lui-même. Sa colère était un acte de salubrité publique : il a rappelé qu’un plateau de télévision ne doit pas être un tribunal de rue. Ce comportement journalistique que vous dénoncez est symptomatique d’une partie des médias actuels qui préfèrent l’émotion à l’analyse, qui cherchent à « border » les intellectuels dans des camps politiques et qui utilisent des noms clivants pour doper l’audience, au mépris du sujet traité. Stora a eu le mérite de dire « STOP », marquant une frontière nette entre l’histoire (qui demande du temps et du silence) et le buzz (qui demande du bruit et du vide). L’ire de Benjamin Stora a éclaté lorsque le journaliste a tenté de l’interroger sur les propos ou les actions d’Amir DZ (un influenceur et opposant algérien très controversé, exilé en France), le mettant ainsi sur le même plan qu’un acteur de la polémique numérique.
Pourquoi Stora s’est-il mis en colère ?
La réaction de l’historien s’explique par trois refus catégoriques : Le refus du mélange des genres : Pour Stora, être interrogé sur un influenceur web alors qu’il vient présenter un travail de recherche académique et diplomatique (le rapport sur la mémoire) est une forme de déclassement intellectuel. Il a perçu la question comme un piège visant à créer une séquence virale ou à l’entraîner sur le terrain de la politique intérieure algérienne la plus immédiate et la plus « basse », loin de la profondeur historique. En disant « Je ne suis pas venu ici pour discuter de cet influenceur », il a signifié au journaliste que son temps et sa parole étaient dédiés à la Grande Histoire (les archives, les massacres, la colonisation, les accords de paix) et non aux règlements de comptes de la « sphère Youtube ». Ce coup de colère a marqué les esprits car il a mis en lumière : La déconnexion entre certains plateaux de télévision français qui cherchent le « clash » et l’urgence de traiter le dossier algérien avec sérieux. La lassitude de l’historien qui, après des décennies de travail, refuse que son nom soit associé à des polémiques éphémères de réseaux sociaux. « Je suis un historien, pas un chroniqueur de réseaux sociaux » : C’est le message sous-jacent qu’il a voulu marteler ce jour-là. C’est un excellent exemple de la difficulté de parler de l’Algérie en France : le débat bascule souvent du terrain de la science historique vers celui de la polémique médiatique immédiate.
