60ème anniversaire du 19 mars:
  La question mémorielle, plus que jamais d’actualité

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Comme attendu le président e la république s’est exprimé la veille de la fête de la victoire dans un message adressé à la nation. Il l’a fait avec des mots fermes, ne laissant aucune place à l’ambiguïté, Abdelmadjid Tebboune a placé la barre très haute en exigeant que la question mémorielle devienne incontournable dans toute discussion d’apaisement des relations entre la France et l’Algérie. Selon le chef de l’État toute sérénité dans le futur des rapports entre les deux pays   doit impérativement transiter par l’épurement du contentieux mémoriel.

 Des mots qui vont sans doute sembler extrêmement durs pour la droite et l’extrême droite française qui ne tardera pas à réagir. En effet le président de la république a qualifié la colonisation française en Algérie d’odieuse, destructrice et dévastatrice. Ainsi le concept souvent admis par tous les dirigeants français qui ont précédé Emmanuel Macron d’une France ayant apporté à l’Algérie les bienfaits de la civilisation occidentale, le progrès et la modernité a été d’un revers de main évacué par le chef de l’État algérien. Pour le président Tebboune le peuple algérien vivait dans un total asservissement. La construction de villes, villages et infrastructures ne profitaient qu’aux seuls européens au détriment d’une population algérienne qui vivait en périphérie des villes et dans des douars et mechtas dépourvus de tout ce qui s’apparente à un semblant de confort matériel. En employant les termes « destruction généralisée et horrible dévastation » le chef de l’État sait pertinemment ce qu’il dit. Tebboune ne parle pas de la seule période la guerre d’Algérie, il remonte le temps, jusqu’en 1830 quand les premiers colons ont commencé à arriver provoquant la dépossession de toutes les terres des populations autochtones, poussant celles-ci à s’implanter pour certaines d’entre elles dans des terres arides et difficilement cultivables et pour d’autres les faisant devenir des ouvriers agricoles au service de ces colons qui ont exproprié leurs terres. Sans omettre ces Algériens n’ayant plus rien qui choisirent de vivre aux abords de ces nouvelles villes et nouveaux villages édifiés spécialement pour les populations européennes qui ne cessaient d’affluer vers cette Algérie conquise. En effet les termes employés par le président durs certes mais totalement vrais concernent aussi l’appauvrissement de tout un peuple qualifié indigène qui n’avait aucun droit, seulement des devoirs, comprendre cela comme soumission. Les seuls « indigènes « qui avaient le privilège d’aller à l’école publique faisaient partie de cette partie de la population qui se distinguait par un statut de commerçant, d’ouvrier, artisan ou faisant partie des familles des Caïds ou des Bachaghas. En un mot à peine dix pour cent de la population selon les chiffres de 1947. Avec le nouveau statut adopté par la quatrième république une amélioration du statut de l’indigénat accorda à quelques cinquante mille algériens une place de demis citoyens mais ils n’étaient pas considérés comme français. Il faudra attendre pour cela l’année 1958 mais c’était déjà trop tard. Faut-il aussi souligner la politique de dévastation des esprits dont faisait l’objet le peuple algérien en lui interdisant tout épanouissement culturel autre que celui propagé par le folklore et le renforcement des croyances maraboutiques dispensé par une multitude de confréries religieuses entièrement soumises aux autorités coloniales. Lorsqu’une association politico-culturelle (Les Ulémas) prit le flambeau en organisant tout un réseau d’enseignement de la langue arabe en y introduisant une prise de conscience du nationalisme et le rejet de toute forme d’asservissement culturel, la réaction des autorités coloniales ne s’est pas fait attendre. On procéda à la fermeture des madrassas et on arrêta tout son corps enseignant. Sur le plan politique on permit avec l’arrivée du Front populaire(1936) l’émergence d’un parti politique (le PPA) qui devait intégrer le jeu démocratique en ayant des élus dans le parlement local désigné sous le vocable d’Assemblée algérienne, sauf que ces élus nationalistes ne pouvaient en aucun cas accéder à la majorité des sièges avec le blocage des répartitions qui donnaient toujours une majorité absolue aux députés colons. Le chef de l’État a également qualifié d’odieux les crimes commis par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Il n’a pas prononcé le terme « crime contre l’humanité » comme un certain Emmanuel Macron l’avait fait avant qu’il ne soit élu président. Pourtant ce dernier parlait vrai car peut-on qualifier autrement la torture, les déportations de populations, les disparitions de personnes, les exécutions sommaires, les bombardements de mechtas et de douars par l’aviation militaire autrement que par l’expression crimes contre la personne humaine. C’est finalement ce terme que notre président a choisi d’utiliser, pour ne pas embarrasser le président français en passe d’être à nouveau élu. Cependant pour Abdelmadjid l’essentiel à présent est d’arriver, une fois pour toutes, de clore le dossier de la mémoire. Ce 60ème anniversaire des accords d’Évian qui ont mis fin à une guerre meurtrière pour le peuple algérien qui vit perdre en l’espace de sept années et demi un million et un demi-million de ses enfants tués. La France, selon le président algérien doit permettre à l’Algérie indépendante de récupérer toutes les archives liées à son histoire, de 1830 à 1962, de donner toutes les clarifications concernant les milliers d’Algériens disparus pendant la guerre, et d’indemniser toutes les victimes des essais nucléaires au Sahara. Nous remarquons que le président de la république n‘exige pas d’excuses ou de pardon mais seulement la vérité de ce qui s’est passé durant 132 années d’occupation de l’Algérie, pourtant de telles excuses seraient appropriées et amplement justifiées, surtout que le président français a demandé pardon aux harkis pour avoir été méprisés pendant des dizaines d’années. Il aurait pu pour ne pas faire deux poids, deux mesures demander pardon au million et demi de victimes algériennes et même un nombre plus important car l’occupation de l’Algérie en 1830 était une agression suivie d’une conquête militaire et de peuplement à laquelle était opposée une résistance farouche de tribus algériennes dont la plupart d’entre elles furent décimées et celles qui survécurent furent déportées en Nouvelle Calédonie.

 

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