Après la brouille opposant le ministre du commerce aux députés de l’APN, ces derniers ne se sont pas arrêtés là. Lors de la discussion concernant le nouveau code des investissements, les représentants du peuple, en majorité des indépendants ont demandé au ministre de la justice plus de précisions et de détails concernant certains aspects de ce code.
Ainsi la torpeur qui a toujours fait partie de la vie parlementaire en Algérie semble ces derniers jours, secouée. Le dernier événement en date qui a frappé les esprits et surtout étonné l’exécutif a été la constitution d’une commission d’enquête parlementaire dans le but consiste à auditionner le ministre du commerce, Kamel Rezig. C’est un fait inédit car jusqu’à présent le gouvernement traitait la fronde des députés à sa manière et souvent on oublie le différend. Ce genre de méthode s’exerçait au temps où l’ancien régime politique avait la haute main sur les instances élues. Disposant d’une majorité présidentielle totalement soumise à ses ambitions, ceux des députés qui exprimaient une opposition frontale à tel ou tel projet de loi ou action d’un ministre du gouvernement étaient minoritaires et leurs avis comptaient peu car ils ne pouvaient déposer de mention de censure car n’ayant pas une majorité suffisante. Aujourd’hui ce n’est plus du tout la même chose car d’une part le président de la république n’est issu d’aucun parti politique œuvrant dans la scène nationale et de ce fait ne dispose pas d’une majorité présidentielle. D’autre part les dernières élections législatives ont redistribué les cartes. Le FLN qui avait la majorité absolue des sièges ne dispose que d’une majorité relative. L’arrivée des indépendants, cette deuxième force politique qui a damé le pion au RND qui s’est trouvé en troisième position a changé la donne car à présent il faut compter sur une telle force qui a les moyens de déposer toute mention de censure si les faits l’exigent. On n’en est certes pas là mais cela commence à bouger au sein de l’hémicycle où on constate de plus en plus l’intervention de certains députés indépendants qui ne veulent plus faire de la simple figuration. D’autant plus la nouvelle loi fondamentale leur permet de contrôler l’action gouvernementale sans aucune limite. Cette génération de représentants du peuple ne veut pas imiter leurs ainés qui votaient toutes les lois présentées par l’exécutif sans rechigner. Forts de leur rôle qui leur donne toute latitude à exercer un contrôle rigoureux concernant les activités d’un membre du gouvernement comme cela a été le cas avec la composition de cette commission d’enquête parlementaire concernant la flambée des prix à la consommation et à la pénurie de produits essentiels comme la semoule et le blé alors que selon le ministre de l’agriculture le pays dispose de stocks amplement suffisants jusqu’à la fin de l’année. Il parait de plus en plus évident que les députés, pour la plupart indépendants, rejoints pour la circonstance par les députés FLN n’en resteront pas là et que leur action s’inscrit dans la durée en donnant à la chambre basse du parlement un rôle plus actif et surtout constructif. L’exercice de la démocratie parlementaire est ainsi enclenché et ce n’est pas trop tôt. Le réveil de nos parlementaires ne déplaira certainement pas au président de la république, lequel a toujours milité pour un rôle éminemment souverain du parlement. Sinon quelle légitimité donnera-t-on à la séparation des pouvoirs clairement inscrite dans la constitution. Dorénavant l’exécutif devra faire face à un plus grand contrôle des parlementaires du moins en ce qui concerne l’APN. Pour le Sénat c’est une autre affaire car la répartition des sièges au niveau de la chambre haute est différente et les indépendants ne sont pas majoritaires au Conseil de la Nation, dominé par le FLN, le RND et le tiers présidentiel mais cela importe peu car si un projet de loi remanié par les députés de la chambre basse est remis en cause par les sénateurs,il sera renvoyé à l’APN et si les députés maintiennent leur première version la loi sera votée en deuxième lecture. Cela veut dire que ce sont les députés de l’APN qui auront le dernier mot et cela leur donne plus de force et d’initiative de contrôle de l’activité gouvernementale. Se dirige-t-on vers plus d’autonomie de la première chambre du parlement ? Il est encore trop tôt pour se prononcer sur la réponse à cette question mais il semble que ceux que le peuple a élu lors des dernières législatives ne veulent pas rester de simples spectateurs mais des acteurs dans la vie politique et économique du pays.
