Après s’être rendu en Israël, le chef de la diplomatie américaine est attendu aujourd’hui à Alger. Pour les Américains une telle visite doit avoir de l’importance et que cela vaut peut-être le déplacement qui est répétons-le encore une fois exceptionnel.
Le diplomate américain sera reçu en audience par le président Tebboune. Il aura aussi un long entretien avec son homologue, Ramtane Lamamra. Plusieurs questions seront discutées qui concernent aussi bien les États-Unis que l’Algérie. La question ukrainienne sera bien sûr au centre de ces discussions. Pour rappel l’Algérie, l’ensemble des pays arabes ainsi qu’une partie des pays africains se sont abstenus du vote de l’AG de l’ONU condamnant l’invasion par la Russie de l’Ukraine. Blinken essaiera sans doute de convaincre Alger de ne pas s’aligner davantage avec la Russie et d’adopter une position de neutralité plus marquée. Washington sait depuis des lustres que les relations russo-algériennes sont très profondes et qu’elles datent depuis l’ère soviétique. Les Américains savent que ces relations ont été renforcées depuis que Vladimir Poutine est au pouvoir, notamment sur le plan militaire. Il sera difficile pour eux de convaincre la direction politique algérienne de baisser l’intensité de ces relations et de la coopération multiforme qu’entretient la Russie avec l’Algérie même si la contrepartie proposée paraîtra intéressante pour l’Algérie. Il se trouve néanmoins que notre pays a toujours montré une loyauté exemplaire pour tous les pays qui l’ont aidé pendant la guerre d’indépendance et qui ont maintenu un soutien sans faille sur le plan diplomatique pour toute question qui concerne l’Algérie. Cette loyauté qui ne date pas d’hier ne peut être remise en cause par l’effet d’une simple visite. Il faudra plus que cela et c’est justement cela que Blinken est venu proposer à l’Algérie. De quoi sera-t-il question ?
Nous ne sommes pas dans le secret des dieux mais il s’agira vraisemblablement du traitement des dossiers du Sahara occidental et de la question palestinienne dont l’Algérie maintient une position inchangée. Que pourra proposer d’intéressant à Alger le diplomate américain sur le Sahara occidental à présent que son pays reconnait la souveraineté marocaine d’un territoire considéré comme colonisé ?
Est-il question d’une reconsidération d’une telle position ? Si c’est le cas la proposition américaine sera bien accueillie à condition toutefois qu’elle soit suivie d’une déclaration de haut niveau et non de simples paroles sans suite. L’autre question plus pertinente que jamais ne concerne la question palestinienne. Blinken a réitéré la position de son pays concernant une solution à deux États. C’est ce que l’Algérie n’a cessé de proposer même si notre pays a toujours réclamé le retour aux frontières d’avant 1967, proposition rejetée catégoriquement par Israël et bien sûr par son mentor les États-Unis. Néanmoins avec l’évolution de la géopolitique dans la région et la reconnaissance de l’État d’Israël par six pays arabes que sont la Jordanie, l’Égypte, les Émirats arabes unis, Oman, le Soudan et le Maroc ce retour aux frontières d’avant la guerre des six jours est rendu aujourd’hui impossible et l’Algérie à laquelle Binken ne demandera pas de reconnaitre l’État hébreu car il sait que cela ne sera pas possible sans l’établissement préalable de deux États : Israël d’un côté et la Palestine de l’autre. Le diplomate américain sait qu’Alger abritera en automne prochain le prochain sommet arabe et il espère que l’Algérie en ayant la garantie que les États-Unis maintiendront leur proposition de l’existence de deux États reverra à la baisse sa position concernant le retour aux frontières d’avant 1967. Les Algériens accepteront-ils ou bien maintiendront-ils leur position initiale ? Une chose est sure la guerre russo-ukrainienne a bouleversé le monde d’avant. Il est aujourd’hui question de parler du monde d’après et l’Algérie est parfaitement consciente que certaines questions sensibles et inhérentes à ses principes fondamentaux peuvent être, non pas remises en cause mais réaménagées dans un sens où elle maintiendra la tête haute même au prix de certaines concessions.
