Après la disparition du journal « Liberté »:
La presse écrite face à son devenir

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Issad Rebrab a réagi suite à sa décision de fermer définitivement le quotidien francophone « Liberté ». Sa réaction est empathique et il explique les raisons qui l’ont poussé à le faire. Pour lui il ne faut pas chercher midi à quatorze heures ni se lancer dans des spéculations vaines qui n’ont aucun fondement. C’est une question purement économique et rien d’autre a encore répété le milliardaire algérien.

Cette mise au point de l’homme d’affaires le plus connu à l’intérieur du pays mais également à l’international fait suite aux réactions de politiques et d‘intellectuels qui ont demandé à Rebrab de revenir sur sa décision. Pour rappel la fermeture du journal intervient jour pour jour à l’occasion de son trentième anniversaire de parution. Est-ce une pure coïncidence ou bien est-ce délibéré. De toute façon cela n’a à présent aucune importance car le problème de la disparition de ce quotidien est ailleurs. Aujourd’hui le paysage médiatique du pays a littéralement changé avec l’intrusion exponentiellement forte des réseaux sociaux mais aussi par l’apparition de nouveaux sites électroniques que les jeunes en particulier consultent abondamment. L’information en temps T a considérablement réduit le traitement de celle-ci dans les journaux de la presse écrite surtout francophone car d’une part la plupart des lecteurs sont arabophones et ce qui reste du lectorat francophone encore subsistant appartient à une génération vieillissante et celui-ci est aujourd’hui en voie de disparition. Dans quelques années et faute de lecteurs la plupart des titres paraissant en langue française disparaîtront eux aussi. Néanmoins ils peuvent inverser la tendance et continuer à intéresser non pas une masse de lecteurs qui, nous l’avons dit se réduit comme une peau de chagrin mais un lectorat sélectif beaucoup plus intéressé par des écrits de fond qui analysent l’information parue la veille sur les sites électroniques qui ont aujourd’hui une longueur d’avance sur les journaux papier. Cette nouvelle stratégie de l’information disséquée et commentée fera la différence car ceux qui aiment encore lire et non pas seulement voir en restant la plupart du temps sur leur faim seront mieux informés par l’analyse rédactionnelle qui leur est présentée car celle-ci, contrairement à l’information brute fait dans les détails et entoure ceux-ci par des références liés à l’histoire ou à des événements récents. Ce genre d’écrit est aujourd’hui fréquent dans le monde indifféremment de la langue dans lequel il est propagé. Nous le rencontrons dans les pays d’aspiration démocratique ou dans des pays émergents dont des franges de la société, généralement instruites et possédant un niveau supérieur d’éducation expriment, aujourd’hui un désir de plus en plus grand de lire intelligemment et non de subir l’information. En Algérie nous en sommes encore loin. Nos journaux continuent à diffuser des informations parues la veille et ne font à quelques exceptions près aucun effort pour intéresser des lecteurs qui se disent pourquoi achèterons-nous un journal alors que celui-ci ne nous apprend rien de ce que nous savions déjà. Ce genre de réflexion est en train de s’amplifier de jour en jour et si la plupart des journaux dont la vente est réellement catastrophique ne réagissent pas en changeant leur vision d’un journalisme de qualité où l’analyse et l’investigation prennent le pas sur l’information déjà connue il y a fort à craindre que l’État qui consacre aujourd’hui une dépense considérable en accordant à des journaux une publicité institutionnelle reconsidère sa générosité en maintenant aux journaux dont les ventes restent stables parce qu’ils auront fait entre temps peau neuve cette publicité car sans celle-ci ils disparaîtront tout simplement du paysage médiatique algérien. Dans quelques années si la situation des journaux de la presse écrite reste inchangée l’État fera comme vient de le faire Issad Rebrab pour son journal créé par lui pour des raisons purement économiques.

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