Algérie – Espagne:
Une dégradation en catimini

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Les dernières déclarations du président Tebboune concernant les relations entre l’Algérie et l’Espagne n’ont d’évidence pas plu côté espagnol bien que l’on n’aille pas vers une rupture. Selon Amar Belami le ministre espagnol des affaires étrangères commentant la déclaration du président algérien s’est livré à des propos désobligeants et peu amicaux. Même si concernant la livraison de notre gaz à l’Espagne rien n’est changé, il se trouve que diplomatiquement il existe aujourd’hui un froid glacial.

Abdelmadjid Tebboune n’a fait pourtant que placer la question du Sahara occidental dans son contexte juridique. Pour le chef de l’État, l’Espagne en tant qu’ancienne puissance colonisatrice a un devoir envers un territoire qu’elle a administré pendant longtemps. Le fait qu’elle ait quitté précipitamment ce territoire sans spécifier à temps son futur statut a laissé le champ libre au Maroc pour l’occuper illégalement alors que cela aurait dû passer par l’ONU. C’était la position de l’Algérie en 1975, lors de l’invasion de ce territoire par les Marocains. Cette position reste inchangée car il s’agit d’un problème de décolonisation tout comme l’est la Palestine. Le président de la république a dit ne pas comprendre un tel changement d’attitude du gouvernement espagnol et c’est pour cette raison a souligné le chef de l’État que nous avons rappelé notre ambassadeur accrédité à Madrid. Ce rappel signifie que nous ne sommes pas d’accord et que le gouvernement espagnol est mis en face de ses responsabilités. En ce qui concerne les livraisons du gaz algérien le président Tebboune rassure car pour lui un contrat reste un contrat et que nous avons l’obligation de le respecter. Le ministre des affaires étrangères espagnol n’a retenu que cette phrase à propos de l’assurance de nos livraisons de gaz. En ce qui concerne les projets de partenariat économique qu’envisageaient sérieusement les deux pays avant la volte-face du chef du gouvernement espagnol il y a fort à craindre que l’Algérie les abandonne. Ce sera d’ailleurs au détriment de l’Espagne et de ce point de vue-là l’Algérie n’a absolument rien à perdre d’un tel abandon. D’autres pays autrement plus développés que l’Espagne vont se substituer à ce pays. C’est le cas de l’Italie mais également de la France, laquelle avec la réélection d’Emmanuel Macron reprendra avec notre pays toutes les questions restées en suspens. Dans son message de félicitation pour sa succession à la tête de la république française le président Tebboune a écrit au président Macron que l’Algérie est totalement disposée à reprendre et à hisser à un plus haut niveau les relations algéro-françaises dans tous les domaines. Dans ce contexte de dégradation des relations politiques et par-delà de celles-ci économiques entre l‘Algérie et l’Espagne le point de vue de la France diffère conjoncturellement de celui de la France. Même si ce pays entretient d’excellentes relations avec le Maroc l’Élysée ne s’est jamais fourvoyé comme l’Espagne sur la question du Sahara occidental. Ses déclarations officielles mi-figue mi-raisin ont toujours irrité la monarchie marocaine sans pour autant incommoder l’Algérie. Cet équilibrisme sur une question aussi sensible pour l’Algérie convient parfaitement coter Alger. Certes il y a de l’hypocrisie dans l’air mais au moins il ya cette ligne rouge que la France, n’a jamais, du moins, jusqu’ici franchie. Il y a une raison majeure à cela la France ne veut absolument pas perdre ses avantages économiques en Algérie, certes moins intenses que ce pays possède au Maroc mais en termes d’apports financiers un partenariat franco-algérien dans le domaine des transformations des ressources est cent fois plus intéressant que celui entretenu avec le Maroc. Par ailleurs et avec ce qui se passe actuellement au Sahel, la France a besoin du concours de l’Algérie. La dernière décision algérienne de laisser, à nouveau les avions militaires français traverser l’espace aérien national a été saluée par l’état-major des armées françaises. D’autre part l’Algérie exerce une influence diplomatique indéniable sur les pays de la région du Sahel et un tel concours est précieux pour l’Élysée. Enfin le rapprochement dans tous les domaines de l’Algérie avec la Mauritanie a fait réfléchir les français qui voient se développer un axe politico, économique mais aussi militaire avec lequel il faudra à l’avenir compter et une position plus nuancée de la France sur la question du Sahara occidental reste pour l’Élysée la meilleure solution. En fin de compte l’Espagne par son choix controversé a perdu sur tous les tableaux.

 

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