Le ministre de l’agriculture a déclaré hier que nous nous dirigeons vers une production record de blé cette année. Les conditions se sont montrées favorables pour que la production nationale de blé, notamment atteigne des résultats au-delà de nos espérances. Il y a aussi et surtout l’encouragement de l’État des céréaliculteurs. Ils vendent désormais leur production à des prix qui leur évitent toute perte de bénéfices.
L’Algérie qui fut au cours de l’antiquité le grenier à blé de l’empire romain et qui se suffisait largement au cours de la période ottomane avait connu un renversement de cette tendance au cours de la colonisation française. Les colons privilégiaient le vinicole et ne s’intéressaient pas aux céréales. Le blé provenait à l’époque essentiellement de la France métropolitaine pour faire profiter les céréaliculteurs français lesquels exerçaient alors leur monopole sur la vente de blé en Algérie. La production céréalière durant la période coloniale était exclusivement réservée aux autochtones, lesquels, à cause de la faiblesse des moyens parvenaient difficilement à écouler leur blé ou orge. Après l’indépendance et pendant une dizaine d’années l’Algérie continua de s’approvisionner en blé français même si l’État incitait les producteurs locaux à augmenter leurs productions sauf que l’équation était complexe car la machinerie agricole était insuffisante et les surfaces réservées à la céréaliculture étaient loin de répondre à une demande massive d’une population qui augmentait démographiquement. Par ailleurs au cours de la décennie soixante-dix et l’intrusion de la révolution agraire dans le monde agricole, les céréaliers qui possédaient avant l’introduction du collectivisme dans le pays des surfaces estimées à des centaines, voire à des milliers d’hectares avaient été pénalisés en voyant leurs terres nationalisées et confiées à des coopératives étatiques lesquelles, au lieu de relever le défi s’étaient mises à s’intéresser à tout sauf à produire. Pendant ce temps l’Algérie qui avait tout misé sur la rente pétrolière et gazière et sur un modèle d’industrialisation qui ne répondait pas du tout aux compétences requises continuait d’importer la quasi-totalité de son blé et orge. Ce n’est qu’à partir des années quatre-vingt que le régime politique introduit quelque souplesse dans le régime d’exploitation des terres dont la plupart continuaient d’être la propriété de l’État. Certes les coopératives avaient disparu et l’esprit collectiviste également mais on était loin encore de ce régime libéral qui devait encourager les agriculteurs et céréaliers à investir des capitaux pour moderniser leurs outils de production, tant que les terres sur lesquels ils travaillaient ne leur appartenaient pas. Il faudra attendre l’investiture à la tête de la république d’Abdelaziz Bouteflika pour que cette socialisation des terres disparaisse du champ juridique et qu’elle soit remplacée par un statut hybride, progressivement corrigé avec l’attribution de titres de propriétés. Cependant comme la rente pétrolière et gazière atteignait des records en rentrées de devises, l’État, au lieu d’encourager les céréaliculteurs en augmentant leurs surfaces de production, en les encourageant financièrement et en leur offrant des prix de vente avantageux pour écouler leurs productions s’était complètement détourné de ces derniers et préféraient acheter des millions de quintaux de blé à la France, aux États-Unis et au Canada. Ce n’est qu’après 2014 lors de la baisse vertigineuse des cours du pétrole et du gaz que l’État comprit alors son erreur stratégique qui l’amena à revoir sa copie mais c’était trop tard car les réserves de change ne cessaient de baisser et la rente provenant des hydrocarbures interdisait toute politique de largesse dans le domaine des importations. Il fallait s’en tenir aux produits vitaux comme le blé, la poudre de lait et les médicaments. Cette période était la plus noire que l’Algérie ait connue depuis une vingtaine d’années. L’équation Bouteflika achevée l’État nouveau s’est lui aussi vu confronter toutes les difficultés non prévues ni même envisagées par l’ex régime politique. Les réserves de change devenant de plus en plus pelliculaires, il fallait opérer des choix stratégiques imminents et la meilleure manière de les concrétiser consiste à encourager la production céréalière de manière significative. La meilleure d’entre elle est l’achat de la production céréalière locale à des prix très avantageux pour les producteurs mais aussi de les aider financièrement par l’octroi de crédits bonifiés et à long terme pour l’acquisition des moyens de rendement de leurs récoltes. Cette politique est devenue la priorité des priorités du président de la république. La dernière en date étant d’augmenter considérablement les surfaces céréalières pour une production intensive de blé. Avec la remontée des prix du pétrole et du gaz nos réserves de change ne cessent de s’épaissir et pour le gouvernement c’est le moment à jamais de sortir de l’engrenage des importations de blé et renforçant notre indépendance céréalière et en réduisant à son minimum les importations de blé de l’étranger. Apparemment cela commence à prendre forme.
