Un Aïd morose:
Est-ce une fête ou une compétition ?

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Les Aïd se succèdent mais ne se ressemblent pas. C’est un constat qu’aucun Algérien ne pourra contredire. Cet Aïd El Adha 2022 que nous avons célébré et non fêté car il y a une nuance manifeste a été le plus triste de tous les Aïd que nous avons connus. En effet beaucoup de nos concitoyens n’ont pu acheter de mouton, à cause de son prix exorbitant à la vente. Ceux qui ont pu malgré tout l’acheter (la plupart la veille) se retrouvent aujourd’hui sans un dinar en poche. Bienvenue à l’endettement !
À quelques heures de la fermeture des souks il y a eu une ruée de gens venus acheter ce précieux mouton. Tous nourrissaient l’espoir d’une braderie où les maquignon ou quelques improvisés vendeurs pourraient céder leur marchandise à un prix à portée de ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter un mouton à cinquante mille dinars. Imperturbables et peu sensibles à la détresse de ces acheteurs désemparés qui ne voulaient à aucun prix quitter le souk bredouilles et les mains vides, quelques vendeurs ont quand même réduit le prix. Ce sera 40000 dinars et pas un centime en moins. Les gens espéraient que ce serait comme l’année dernière, cet Aïd 2021 qui avait tranché avec les précédents Aïd en matière de prix à la vente où on pouvait acheter un mouton à 30 000 dinars. Cela n’a pas été le cas cette année. Bien sur ces gens par centaines qui s’étaient déplacés tôt dans la matinée pour espérer faire quelque transaction possible pour faire baisser les prix n’ont pu avoir de choix que de s’incliner et payer ces 40 000 dinars fixés par les vendeurs leurs moutons, si on peut décemment les appeler ainsi car la plupart venaient à peine de dépasser le stade d’agneau mais pas celui les faisant parvenir à devenir mouton. Ceux qui ont la chance car étant arrivés les premiers de choisir une bête plus ou moins dodue ne demandaient pas leur reste et quittaient le souk soulagé certes mais non réjouis. Quant à ceux qui se sont rués sur les marchés au milieu d’après-midi ils ont été obligés de se rabattre sur des moutons lesquels une fois leur peau enlevée, ne doivent peser dans le meilleur des cas entre sept et huit kilos de viande et pour un prix de 40 000 dinars, autrement dit 5000 dinars le kilo. C’est horriblement cher alors que d’habitude et au plus fort des prix de vente du prix du kilo de mouton en boucherie le cout ne dépasse pas les 1600 dinars. En fait et pour le plus grand malheur des gens qui ne mangent de la viande que très rarement, cette occasion de l’Aïd el Adha représente pour eux, quelque part le meilleur moyen de se régaler en ce jour de fête sacrificielle qui allie la foi, la coutume et la tradition. Lorsque cette catégorie de la population se rend compte que malgré toutes les économies faites pour fêter un tel évènement ne suffisent pas à la célébrer elle est alors résignée et gagnée par la tristesse La question que l’on doit poser non pas au gouvernement car ce n’est pas son affaire mais aux éleveurs c’est pourquoi les prix du mouton sont-ils si élevés pourtant le cheptel national reste pratiquement intact et au cours de l’année il y a toujours des naissances d’agneaux qui s’ajoutent à celui-ci . Et qu’on ne vienne pas nous raconter la même rengaine concernant l’alimentation du bétail. On sait pertinemment que dans la plupart des cas les moutons paissent à l’extérieur surtout dans les régions steppiques où ils sont les plus nombreux. La part du rajout en alimentation en enclos couvert ne représente en fait que le quart des dépenses d’élevage de ces ovins. En fait ces éleveurs et tous ces maquignons qui travaillent en étroite collaboration n’ont qu’une idée en tête, celle de s’enrichir et l’occasion que leur offre l’Aïd El Adha représente pour eux la course à la fortune.

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