Qui aurait dit il y a seulement un an que le monde arabe reprenne sa place en tant que bloc indépendant moins aligné qu’il ne l’était pendant des années et prenant conscience que ses pseudos alliés occidentaux ont toujours joué la carte de la division. La situation a changé depuis le dernier sommet arabe d’Alger où les positions concernant la géopolitique actuelle ont pris une autre tournure.
L’arbitrage de l’Algérie qui présidait ce dernier sommet arabe a été déterminant à plus d’un titre. C’est le dialogue entre les délégations présentes à ce sommet qui a prévalu et ce sont les Algériens qui ont été les maitres d’œuvre en faisant preuve d’imagination et en trouvant des éléments de compromis entre ce qui paraissait jusqu’ici inconciliable et qui est potentiellement possible. Un premier résultat est alors enregistré, celui de parvenir à réconcilier les différentes fractions palestiniennes en mettant fin à leurs différents démontrant ainsi que l’éparpillement des rangs au sein de la résistance palestinienne ne servait qu’à affaiblir celle–ci face à l’hégémonisme israélien, soutenu sans réserve par les occidentaux. Les autres parties du dialogue toujours arbitré par l’Algérie dont la complexité rendait ardue les discussions entre les délégations arabes ont concerné le tissu des relations qu’entretiennent les pays arabes entre eux. Celles–ci étant diversement perçues au niveau de chaque pays il fallait trouver le point commun qui les rendraient plus flexibles et c’est l’économie. L’arbitrage algérien dans ce niveau de discussion a été plus que déterminant. Les diplomates algériens ont su et pu convaincre leurs homologues arabes de la nécessité de bâtir un espace économique arabe qui les ferait sortir de leur dépendance aux puissances étrangères en constituant une force économique allant du Golfe persique à l’Atlantique. Un projet ambitieux mais rendu possible grâce à l’existence d’un nouvel ordre économique mondial qui s’est constitué en blocs régionaux et même continentaux. L’argument algérien étant imparable il séduisit les délégations arabes dans leur intégralité qui approuvèrent à l’unanimité les propositions algériennes. Ce sommet d’Alger a pour la première fois parlé d’une seule et même voix ce qui jusqu’ici ne s’était jamais produit. En fait l’Algérie dont les talents diplomatiques sont reconnus et appréciés a écarté au cours de ce sommet tous les sujets qui fâchent et qui auraient pu faire échouer un tel sommet. Ainsi on évita de parler des divergences d’opinion concernant le Sahara occidental ou ce qui se passe en Libye et au Soudan, tout comme on écarta des discussions le sujet brulant des relations qu’entretiennent certains pays arabes avec Israël. On peut donc dire que ce sommet arabe d’Alger a pris grand soin d’éviter les couacs comme cela se faisait dans différents sommets arabes dans le passé où certains chefs d’État présents se regardaient en chiens de faïence et se lançaient même dans des diatribes virulentes, rendant ces sommets en de véritables foires d’empoigne. La guerre entre l’Ukraine et la Russie coupant l’Europe en deux, le conflit autour de Taiwan qui empoisonne de plus en plus les relations entre les deux super- puissances mondiales, l’intronisation de l’extrême droite israélienne qui veut s’accaparer de l’ensemble du territoire palestinien déjà fortement grignoté par une colonisation rampante font aujourd’hui prendre conscience au monde arabe que tout alignement s’apparentant à de la servilité à un des blocs nouvellement constitué qu’un changement politique dont le seul but est de sauver une cohésion des peuples arabes totalement minée par des alignements sordides qui n’ont plus aucune raison d’exister. D’où le revirement spectaculaire de l’Arabie saoudite jusqu’ici considérée comme ma voix de l’Amérique au proche–orient. Le prince régnant ne veut plus avoir les poings liés et il l’a fait comprendre à ces inamovibles alliés occidentaux en acceptant l’initiative chinoise de mettre fin au conflit qui existe entre son pays et l’Iran, tout comme il veut réintégrer dans la faille arabe la Syrie, considérée jusqu’ici comme un paria. Certes l’Arabie saoudite a une ambition qui a toujours été la sienne, celle d’avoir le leadership du monde arabe mais cette ambition aujourd’hui va dans le bon sens et grâce à un tel revirement le monde arabe jusqu’ici tiraillé est en train d’acquérir le sens commun le menant à sa renaissance et celle–ci fera changer bien des idées toutes faites.
