Question mémorielle C’est parti !

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Mercredi dernier, soit deux jours avant la célébration de l’Aïd les historiens français et algériens chargés de la question mémorielle ont présenté, par vidéoconférence, la première esquisse de leurs travaux respectifs et échangé leurs points de vue sur ce point très important qui a toujours parasité les relations des deux pays.

Le dossier est important et doit être finalisé pour être présenté aux présidents des deux pays lors de la visite du président Tebboune en France, initialement prévue les 2 et 3 mai prochains mais qui a été reportée d’une part pour la précipitation constatée dans la préparation de cette visite jugée primordiale pour les deux pays, mais également en raison du climat interne qui prévaut en France causé par l’opposition à la réforme de la retraite décidée par le président français, validée par le conseil constitutionnel et dont la loi a été le jour même de cette validation promulguée au journal officiel français. Il paraissait évident tant du côté de l’Élysée que d’El Mouradia qu’une visite du président algérien dans des conditions d’hostilité manifestée dans la rue ne pouvait se dérouler sans un climat d’apaisement et de sérénité exigé pour ce genre de rencontre, dont l’importance n’échappe à personne. Aussi bien la France que l’Algérie tiennent à ce que tout se passe bien pour sceller l’ensemble des accords contenus dans la « Déclaration d’Alger » signée conjointement par les présidents Tebboune et Macron. Dans cette déclaration il est fait mention du règlement de la question mémorielle. Les deux chefs d’État ont fait pression sur les historiens de leur pays respectif pour qu’ils avancent sur cette question épineuse, ce grain de sable qui risque de gripper la machine. Il convient à tout observateur avisé que traiter une période allant de 1830 à 1962 n’est pas facile, loin s’en faut. Les différences d’appréciation sont nombreuses, c’est pour cela que les sujets les plus compliqués seront débattus plus tard car un temps figé et nécessairement court ne le permet pas. Il est plutôt attendu que l’on débroussaille la période allant de 1945 à 1962 qui est la plus épineuse car elle draine toutes les passions. Côté algérien il est inconcevable que la France ne reconnaisse pas les atrocités commises par elle lors de la guerre d’indépendance, notamment les tortures et les exécutions sommaires commises durant cette guerre qui causa la perte de centaines de milliers d’Algériens dont la majorité est constituée de civils. Côté français cette reconnaissance de ce que maintenant on qualifie de crimes de guerre ne passe pas et c’est cela qui coince car les historiens français dont parmi eux Benjamin Stora pensent autrement et ont toujours fait valoir le prétexte d’une réponse jugée adaptée bien que disproportionnée aux faits de guerre jugés à l’époque terroristes alors qu’en réalité c’était des actions de résistance des combattants algériens, maquisards ou « fidaïnes » opérant en milieu urbain. Un compromis doit être trouvé pour qualifier ce qui s’était passé au cours de ce conflit meurtrier. Pour les historiens algériens il est hors de question que la France nie en bloc la responsabilité de ses actions perpétrées au nom de la raison d’État. Il y a donc de fortes probabilités que les français mettent de l’eau dans leur vin et qu’ils acceptent une formulation qui ne les qualifierait pas comme des criminels de guerre mais qui ne les absoudrait pas non plus d’excès condamnables concernant les droits humains par toutes les instances internationales dont la France fait, au demeurant, partie. Ce serait déjà une reconnaissance à demi-mot admise par ce pays et pour les Algériens ce serai un acquis important car jusqu’à présent la France a toujours rejeté en bloc toute responsabilité criminelle au cours de sa présence coloniale en Algérie et particulièrement au cours des sept années de combat mené contre la résistance algérienne.  Le fait même que la France admette sa culpabilité dans ce qui s’était passé au cours de ce que les Français nommaient pudiquement et pendant longtemps les » Évènements d’Algérie » est une victoire morale pour les Algériens et c’est suffisant pour un premier temps, la suite sera nettement plus aisée car un verrou est non des moindres aura sauté.

 

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