Dans un entretien accordé à Radio France International l’historien Benjamin Stora, a évoqué les grandes questions qui sont actuellement en suspend entre Paris et Alger. Il s’agit des questions relatives à la colonisation et la guerre d’Algérie. Benjamin Stora est spécialiste des questions algériennes et co-préside la commission mixte d’historiens algériens et français créée à l’occasion.
Ce dernier à affirmé que l’institut du monde arabe avait abrité une réunion en visio conférence avec ses vis-à-vis algériens qui a eu pour objet la présentation de chacun des membres de la commission qui ont dû ensuite décider d’un ordre du jour autour de la question des archives, de l’histoire longue et de la colonisation à partir du XIX siecle. Dans sa réponse à la question du journaliste, Benjamin Stora a déclaré que la partie française ne peut plus continuer «à fonctionner sur le bénévolat», relevant ainsi «le manque d’investissement des autorités françaises sur ce dossier.»
Concernant le contenu de la lettre de mission de l’Élysée, sur laquelle doit travailler la commission sur les origines de la colonisation en Algérie au XIXe qui met en évidence la mise en place d’un inventaire des archives déposées en France via l’Algérie, l’historien a fait savoir qu’il est «nécessaire que la question des archives, soit le soubassement et la base d’écriture de l’histoire, les archives naturellement étatiques.» Pour Benjamin Stora, qui répond au journaliste de RFI, «il y a énormément de choses qui ont été transférées de l’Algérie vers la France après l’indépendance de 1962. Des kilomètres et des kilomètres d’archives sont déposées principalement à Aix-en-Provence». Selon Benjamin «la première tâche, c’est déjà de faire une sorte d’inventaire des archives qui existent entre la France et l’Algérie qui vont lui être à l’origine de différents problèmes: d’abord, le problème de l’accès aux archives, mais aussi le problème de la restitution des archives. Sur ce plan-là, Benjamin Stora déclare qu’il n’y a pas de sujet tabou de son point de vue. «On peut discuter de cette question de manière très ouverte, en sachant bien que les archives de l’Algérie sont, en grande partie d’ailleurs, des archives dites de «souveraineté», c’est-à-dire qu’elles appartiennent à la France. Par contre, il y a des archives algériennes qui ont été arrachées aux Algériens au moment de la conquête. Donc, le problème de la restitution, j’exprime là un point de vue personnel bien sûr, ce sont des choses à mon sens sur lesquelles il faut réfléchir, en dresser l’inventaire et commencer à procéder à des restitutions.»
A la question du journaliste qui a porté sur un sujet qui semble très sensible à savoir l’accès aux archives algériennes et françaises, ce dernier à répondu qu’il y travaille depuis 45 ans sur l’Algérie et il a eu accès déjà à beaucoup d’archives. L’accès aux archives, sera une éternelle question posée aux historiens, sur toutes les époques touchant aux secrets d’État. Mais, s’est il interrogé sur le fait d’aller aux archives, encore faut-il se rendre aux archives. Sur ce plan il a relevé que les chercheurs algériens, éprouvent des difficultés pour se rendre aux archives lorsqu’on habite en Algérie et qu’on n’obtient pas de visa. Ça, c’est un vrai problème qui se pose avec acuité, est qu’il faut commencer à le régler dans la mesure où beaucoup d’Algériens veulent travailler sur les archives transférées. Pour l’historien français une réflexion s’impose à cette question qui paraît très concrètes en fait.
Sur un autre volet
Il y a une échéance qui est prévue à la mi-juin théoriquement d’une réunion. Normalement, la date précise n’a pas été fixée. Côté français, le problème qui va se trouver posé, à mon avis bien entendu, c’est celui des moyens pour le fonctionnement de tout ce travail, qui est un travail énorme. A cet effet l’historien évoque le problème d’un manque de moyens de fonction et cite à l’occasion le fait de ne pas être payé pour les trois années consacrées à ce dossier «la question, qui se pose c’est que je ne connais pas les moyens qui ont été dégagés par la France aujourd’hui. Je ne les connais pas. Moi, personnellement, j’ai travaillé sur ce rapport que tout le monde connaît, mais personnellement, il faut le savoir, je n‘ai pas été payé pour cela. Trois ans plus tard, le bénévolat continue. […] Donc, il faut quand même qu’il y ait un développement de moyens en France parce que, si les moyens ne sont pas dégagés, effectivement cette commission va avoir du mal à exister uniquement sur le bénévolat.» a-t-il fait savoir en aoutant «Il y a quand même eu l’Accord d’Alger qui a été signé par les deux présidents qui se sont engagés à ce que cette commission mixte existe, etc. La seule chose que je peux dire, c’est que je peux espérer que des moyens soient mis en œuvre.»
