Le pluralisme politique a fait son apprentissage en Algérie après 37 ans d’hibernation de toute pensée autre que celle d’un seul parti–Etat. Il était loin d’être prêt à consacrer l’alternance. La pléiade de formations politiques surgissant du vide qui existait auparavant n’était pas à proprement parler militante mais initiée par des leaders animés d’ambition de pouvoir. C’est cette saga que nous livrons au lecteur pour qu’il comprenne ce qui nous est arrivé, ce qui nous arrive et ce que sera notre futur politique
Dans l’effervescence de cette animation politique qui n’avait pas de précédent des hommes comme Noureddine Boukrouh, politologue et essayiste, Saïd Sadi psychanalyste de profession aidé en cela par une ambition politique personnelle qu’il conjugua pour en faire un profilage politique descriptif de la société et de tous ceux qu’ils considère comme étant des éléments rétrogrades, selon son propre point de vue, Mahfoud Nahnah formé en sciences religieuses mais avant tout un militant politique d’un mouvement qui n’avait jamais eu de racines propres en Algérie ,s’agissant des Frères musulmans, Abdallah Djaballah, un provincial inconnu des syndicats estudiantins islamises qui pullulaient dans les universités du pays mais dont les connaissances juridiques fortement ancrées dans la législation islamique ont fini par le distinguer et lui donner une certaine audience. Il fait ainsi une entrée d’abord timide dans le paysage politique nouveau et réussit progressivement à recruter un noyau militant dont il devint chef incontesté. Cependant en face de tous ces nouveaux leaders politiques se trouve une nébuleuse, une fratrie, plus proche d’une secte que d’un parti politique tel que défini dans la constitution de 1989, c’est le FIS dont les dirigeants les plus connus et au nombre de deux, sont Abassi Madani et Ali Belhadj. Le premier est un transfuge du FLN dont il a été un militant convaincu pendant des années et avait même été élu membre d’une APW, Abassi était connu pour ses aptitudes oratoires. Un homme agissant dans l’ombre de cette organisation sectaire le remarqua et l’invita à faire partie du staff dirigeant de cette nébuleuse théocratique et lui donna pour instruction de faire de celle–ci en apparence mais seulement en apparence un parti politique légal faisant semblant de jouer le jeu démocratique le temps qu’il faudra pour emporter les élections incessamment prévues. C’est ainsi que le Front islamique du salut fit son entrée dans le monde politique et cette entrée a été tout simplement fracassante. En fait cette nouvelle formation politique n’avait pour seule et unique mission de prétendre jouer le jeu démocratique car en réalité elle se servait de celui–ci pour mettre fin au régime républicain institué par la déclaration du premier novembre 1954. Son ambition affichée secrètement par ses membres et ils étaient nombreux consistait à remplacer ce régime par une confrérie politico–religieuse ayant pour constitution la Charia, une charia revue et corrigée selon les normes wahhabites existantes en Arabie saoudite. Les premières élections qui ont eu lieu après la promulgation de la constitution de 1989 ont été locales. Manifestement elles ont été démocratiques et ont été saluées comme telles par une grande partie du monde libre. Ces élections locales ont permis au FIS d’obtenir une victoire écrasante sur tous ses adversaires et en premier le FLN. Ce changement imprévu mais prévisible va donner un aperçu sur ce que seront les changements conçus par cette nouvelle force politique. Ainsi les Mairies devinrent du jour au lendemain des forteresses de la nébuleuse FIS. Sur les frontons des hôtels de ville l’inscription républicaine «Par le peuple et pour le peuple» a aussitôt été remplacée par «Baladya islamya» et le fonctionnement administratif de ces bases populaires de la république prit une dimension spirituelle ou plus précisément fanatique. La propagande «fissiste» était légalement consacrée par les mairies et la plus visible d’entre elle consistait en la distribution de repas gratuits aux nécessiteux deux fois par jour mais aussi par la création de marchés de proximité installés dans les quartiers populaires qui vendaient à perte des viandes, légumes et fruits, cette perte était compensée par des dons issus d’Arabie saoudite et des principautés du golfe. Parallèlement à cette prodigalité prodigieuse on distribuait des sacs de semoule à toutes les familles habitant les quartiers populaires. Devant un tel étalage de générosité tout ce que disaient les autres partis politiques ne passait plus et devenait inaudible. Seule la propagande du FIS et de ses actions philanthropiques avaient droit de cité dans tout le pays. Or on était justement en train de préparer les prochaines élections, celles législatives devaient précéder l’élection présidentielle mais le FIS voulait anticiper celle–ci car il était certain qu’il l’emporterait, ce que le pouvoir dirigé à l’époque par le président Chadli refusait catégoriquement. La nébuleuse islamiste radicale passa alors à l’offensive en organisant quotidiennement et méthodiquement des manifestations de rues, obligeant le gouvernement à décréter l’état de siège et de procéder à l’arrestation des deux dirigeants emblématiques de ce parti politique qu’étaient Abassi Madani et Ali Belhadj , provoquant une crise politique majeure qui força le chef du gouvernement de l’époque, en l’occurrence Mouloud Hamouche à démissionner. Il est aussitôt remplacé par Sid Ahmed Ghozali, une personnalité appréciée pour son intégrité morale mais aussi pour son attachement aux valeurs de la République. (Suite de cette saga politique demain)
