Cela a fait le tour des réseaux sociaux ce mariage d’un jeune homme originaire d’Annaba avec deux femmes lors d’une même cérémonie officiée par une personne qui n’avait aucune légitimité de le faire aux yeux de la loi. Le code de la famille remanié permet certes la bigamie et même plus à condition d’obtenir l’accord de la première épouse ou le cas échéant lorsque des circonstances exceptionnelles exigent de prendre une seconde épouse.
Dans le cas que nous venons d’évoquer rien ne permet à cet homme de contracter mariage avec deux femmes au cours d‘une même cérémonie. Cela s’est passé à Annaba et cela a fait le buzz dans les réseaux sociaux. Pour rappel un mariage avec deux femmes le même jour et au cours d’une même cérémonie n’est pas inédit. En effet le même cas et dans les mêmes circonstances s’est récemment déroulé à Skikda par un autre homme, se faisant appeler «Si Rachid». Cela fait donc deux cas similaires, ce qui laisse présager qu’il y en aura peut être d‘autres et on pourra qualifier alors ce phénomène insolite le «Syndrome Si Rachid». Les autorités du pays civiles et religieuses vont–elles réagir à une situation qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde musulman même si certains pays comme l’Arabie Saoudite, les principautés du Golfe et l’Afghanistan appliquent sans restriction la polygamie mais une polygamie obéissant aux règles strictes de la Chari’a qui ordonnent à un mari qui désire contracter mariage avec deux ,trois et jusqu’à quatre femmes de vivre séparément avec chacune d’entre elles et de subvenir à leurs besoins avec une égalité impartiale et cela inclut évidemment les enfants issus de ces mariages. En clair celui qui pratique la polygamie doit être riche. Bien sur dans des pays considérés pauvres et de confession musulmane toutes les conditions énoncées par la Chari’a dans le Coran ou à travers les hadiths du Prophète (QSSL) ne sont pas respectées ce qui rend injuste la pratique de la polygamie dans ces pays dont la population arrive à peine à survivre totalement injuste et frappée même d’hérésie. Chez nous en Algérie dont le statut personnel des citoyens est une synthèse du civil et du religieux, la femme au lendemain de l’indépendance et durant trois dizaines d’années a toujours été soumise au diktat d’un père, d’un mari ou même d’un frère. Ce qui était complètement absurde car cette même femme avait les mêmes droits que les hommes dans toutes les lois économiques et sociales. Le statut de la femme algérienne dépassait même celui de la femme française en matière de salaire et de retraite. Il y avait donc une dichotomie entre le vécu social de la femme algérienne et son statut personnel. Il fallait impérativement corriger cela. Cela n’a pas été facile car les milieux conservateurs ne voulaient pas d’une libération de la femme qui ressemblerait à celle que connaissent les femmes en occident. En réalité les militantes des droits de la femme en Algérie ne désiraient qu’une chose la suppression des droits excessifs parentaux qui n’autorisaient pas par exemple toute femme à voyager toute seule même si elle avait dix huit ans l’âge légal d’accession à sa vie d’adulte, de passer son permis de conduire ou encore d’avoir son propre passeport sans avoir à être autorisée par son père ou son tuteur lorsque le père est décédé. Ce genre d’anomalie a longtemps subsisté chez nous en Algérie. Heureusement que les hommes de progrès qui n’ont pas oublié le rôle joué par la femme algérienne dans la révolution ont pu imposer leur point de vue face à ces conservateurs rétrogrades. La grande victoire de la cause de la femme en Algérie a été incontestablement la mise sous condition draconienne de la pratique de la polygamie qu’exerçaient les hommes, sans retenue, avant l’introduction de cet amendement dans le code de la famille en faisaient un usage qui dépassait l’entendement et dont les conséquences pour les premières épouses et leurs ayant droits étaient dramatiques. Voila qu’aujourd’hui après un combat libérateur qui a duré plus d’un quart de siècle on remet en question une éthique et des valeurs d’émancipation par une pratique illégale et honteuse qui n’existe nulle part ailleurs dans un monde qui prétend être civilisé. Ces hommes qui viennent de contracter, en l’espace de quelques jours des mariages avec deux femmes, en même temps et lors d’une même cérémonie doivent être déclarés hors la loi et sanctionnés selon les lois en vigueur.
