L’acceptation d’une médiation algérienne au Niger par ceux qui sont au pouvoir à Niamey découle de la pression exercée sur ces derniers par l’Union africaine et par la CEDEAO. La junte militaire a compris que gouverner un pays miné par des divisions internes est loin d’etre un acquis. Les difficultés dont fait face l’équipe dirigeante à Niamey sont nombreuses, d’où l’acceptation de la médiation proposée par Alger.
L’Algérie jouit d’un capital confiance inégalé dans tout le Sahel. Une telle confiance a poussé la junte militaire au pouvoir à revoir sa copie. Actuellement le Niger est diplomatiquement isolé sur le plan africain et international. Un blocage des relations avec des pays autres que le Mali ou le Burkina Faso deviendra à la longue insupportable. C’est comme si le pays entier subissait un siège en règle. On sait que le Niger figure parmi les pays les plus pauvres du monde et sa population survit à peine. Sa principale richesse, l’uranium ne suffit plus à maintenir une stabilité économique menacée de plus en plus de précarité depuis que la France à travers son entreprise d’extraction de ce précieux minerai a pris la décision de diversifier ses approvisionnements, réduisant ainsi les dividendes perçus par le gouvernement nigérien. Le divorce avec la France prononcé unilatéralement par ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir a certes été perçu comme une libération car l’ex puissance coloniale agissait comme si ce pays était encore sous sa coupe. En fait l’équipe dirigeante à Niamey a joué au poker en déposant un président légalement élu, légalement et on insiste sur le terme car démocratiquement comme la France ne cesse de le clamer encore et toujours il y a de quoi douter de la sincérité du scrutin car on sait pertinemment bien que la plupart des pays africains et particulièrement au Sahel les votes ne sont que des simulacres. C’est pour cela que lorsque la junte militaire décida de destituer Mohamed Bazoum et le placer en résidence surveillée. Le peuple de Bamako et le reste du pays ne leva pas le petit doigt pour refuser le fait accompli. A présent que le pays vit une période de calme tout à fait relatif la junte au pouvoir a compris qu’il faille aller de l’avant et mettre fin au statu quo.. A présent que la France est devenue persona non grata au Niger avec le rappel de son ambassadeur et le départ d’ici la fin de l’année des 1500 hommes de l’ex force Barkane il est temps de remettre le Niger sur rail mais pour cela il faut que cela soit fait dans les règles sans que personne ne perde la face. On sait qu’un premier contact avait été établi entre Alger et Niamey quelques jours ayant suivi le coup d’Etat. Le contact en question suggérait aux militaires au pouvoir de garder leur calme face aux menaces ouvertement hostiles de la France et de la CEDEAO. Attaf notre ministre des affaires étrangères a fait un crochet à Niamey avant d’entreprendre une tournée plus large qui l’a mené au Nigéria, en Guinée et au Bénin. Il était porteur d’un message du président Tebboune aux dirigeants des trois pays visités mais aussi d’un pré accord de la junte militaire à Niamey signifiant que leur prise au pouvoir ne pouvait pas durer au delà d’une certaine durée. C’est justement cette durée que le ministre algérien porteur d’un message du président Tebboune va discuter avec ceux qui détiennent le pouvoir au Niger. La médiation algérienne portera sans doute sur le rétablissement d’un pouvoir civil et le retrait des militaires du pouvoir. Pour cela il faut des garanties qui satisfassent et la junte et les représentants du peuple nigérien composés de chefs de confréries religieuses et de chefs de tribus nomades. Il faut donc un consensus à trois et un tel consensus ne pourra être atteint qu’avec le concours des médiateurs algériens. Il est évident que le retour de Mohamed Bazoum, perçu par la junte comme un pion de la France est totalement exclu. Par contre Alger proposera sa libération et la permission de quitter le pays s’il le désire ou s’il voulait rester dans son pays, s’engager à ne plus faire de la politique. Un challenge diplomatique attend donc les Algériens qui ont toujours convaincu de par le passé de leur réussite en matière de médiation.
