L’accord de Wadi Araba, signé en 1994 entre la Jordanie et Israël, a été présenté comme une avancée prometteuse vers la prospérité économique et la paix. Cependant, près de trente ans plus tard, la réalité s’est avérée bien différente de cette promesse idyllique.
Une ambassade israélienne fut établie au cœur d’Amman, symbolisant l’ouverture diplomatique. Cet événement a marqué le début d’une ère où les citoyens israéliens pouvaient entrer et sortir librement de Jordanie, mais aussi a signifié le début de changements profonds et parfois controversés. Les lois jordaniennes furent amendées pour accueillir les investissements étrangers, y compris israéliens. Désormais, non seulement les Arabes mais aussi les étrangers, y compris les Juifs sous diverses nationalités étrangères, pouvaient posséder des biens immobiliers en Jordanie. Cette modification a soulevé des questions sur l’intégrité territoriale et la souveraineté jordaniennes. L’économie jordanienne, quant à elle, au lieu de connaître une renaissance, a souffert dans les secteurs clés de l’industrie, de l’agriculture et du tourisme. Des entreprises israéliennes, opérant sous des identités nationales étrangères, ont infiltré le marché jordanien, employant souvent une main-d’œuvre asiatique bon marché au détriment de la main-d’œuvre locale, jordanienne ou palestinienne. Des usines israéliennes, y compris des installations chimiques dangereuses et polluantes, ont été établies en Jordanie. Ces installations, refusées sur le territoire israélien, ont posé de graves menaces pour l’environnement et la santé publique en Jordanie. Des hommes d’affaires influents, tant juifs sionistes que Jordaniens corrompus, ont tiré profit de ces arrangements, souvent au détriment des intérêts nationaux. La question de l’eau a également été une source de conflit. La Jordanie s’est vue promettre une restitution partielle des eaux du Jourdain, confisquées par Israël depuis 1964. Cependant, l’eau fournie s’est avérée être des eaux usées insuffisamment traitées, loin de la promesse initiale. L’influence israélienne s’est étendue, jusqu’aux médias, avec l’infiltration de certains canaux pour favoriser les perspectives israéliennes. De plus, la loyauté de certains artistes et journalistes a été achetée, les détournant des causes arabes et musulmanes. Les incidents impliquant des citoyens israéliens en Jordanie, notamment l’arrestation de touristes israéliens pour fouilles illégales et vol d’artefacts, ont mis en lumière des failles dans l’accord de normalisation. Ces individus, une fois arrêtés, devaient être remis à l’ambassade israélienne plutôt que de faire face à la justice jordanienne, créant un déséquilibre dans le traitement des citoyens des deux pays. Cette rétrospective met en évidence les nombreuses difficultés et les déséquilibres que la Jordanie a dû affronter suite à l’accord de normalisation avec Israël. Elle soulève des questions cruciales sur les véritables bénéfices de tels accords et leur impact sur la souveraineté nationale et le bien-être des citoyens.
Par Aissani Mohamed Tahar
