En ce mois de mai 2024, où l’on commémore le tragique anniversaire des massacres du 8 mai 1945 en Algérie, une voix s’élève pour briser un silence troublant. Olivier Le Cour Grandmaison, éminent historien et fervent défenseur des droits de l’homme, a récemment dénoncé l’attitude des historiens français membres de la commission mixte franco-algérienne, dirigée par Benjamin Stora.
Cette commission, supposément dédiée à la réconciliation des mémoires entre les deux pays, se trouve au cœur d’une polémique que Le Cour Grandmaison qualifie de « singulier silence ». Dans un éditorial incisif publié par El Moudjahid, le professeur exprime son indignation face à l’absence de reconnaissance officielle des événements de 1945 par la présidence française. « Je m’étonne que les historiens français, et Benjamin Stora en particulier, n’aient pas saisi cette occasion pour rappeler ce qu’il s’est passé et exiger que ces massacres soient enfin reconnus par le président de la République française, » écrit-il. Selon lui, cette omission n’est pas seulement une faute historique, mais elle témoigne également des « limites d’une commission assujettie à des considérations politiques et diplomatiques. » Ces propos interviennent à un moment où la diplomatie franco-algérienne connaît des moments de tensions et d’espoirs, illustrés par l’annonce d’un prochain voyage en France du Président algérien. Ce contexte diplomatique rend le silence des historiens d’autant plus préoccupant et questionnable. La commission, créée pour œuvrer en faveur de la vérité et de la réconciliation, semble être entravée par des enjeux qui dépassent la simple recherche historique. Le Cour Grandmaison soulève une question cruciale : comment réconcilier les mémoires sans une reconnaissance pleine et entière des faits? Ce débat n’est pas nouveau, mais il revêt une actualité brûlante à l’approche des quatre-vingts ans des massacres. L’historien appelle à une réflexion profonde sur le rôle des commissions de vérité et sur leur capacité à transcender les jeux politiques pour servir les intérêts de la justice et de la mémoire collective. Face à ce constat, il devient impératif pour les responsables politiques et historiques de répondre aux appels à la reconnaissance. L’enjeu dépasse les frontières nationales et touche à l’universalité des droits humains et au respect des victimes de l’histoire. Comme le souligne Le Cour Grandmaison, sans cette reconnaissance, la réconciliation restera un concept vide, un idéal inaccessible. Le défi est posé, et il est de taille. Il revient désormais à la commission, et au-delà, à tous les acteurs impliqués, de prendre la mesure de leur responsabilité historique et morale. Le temps des silences doit céder la place à celui de l’action concrète et de la vérité.
Par Mohamed Tahar Aissani
