Suspension du gazoduc Maghreb-Europe : Voici comment le Maroc a dissimulé les pertes subies

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Depuis la fermeture des vannes par l’Algérie du  gazoduc Maghreb-Europe en octobre 2021, le Maroc s’est retrouvé confronté à un défi énergétique majeur. La dépendance du pays au gaz algérien pour sa production d’électricité a mis à rude épreuve son économie, et les autorités marocaines ont dissimulés les pertes subies.

En effet, le Maroc bénéficiait, en vertu de l’accord de passage du gazoduc sur son territoire avant qu’il n’atteigne l’Espagne, de quantités importantes de gaz naturel et de revenus en dollars stipulés dans le contrat, sous forme de droits de passage du gazoduc. Cependant, tous ces avantages ont cessé immédiatement à partir du 1er novembre 2021. De plus, deux centrales électriques, à savoir les centrales de « Tahaddart » et de « Beni Mathar », étaient alimentées par le gaz provenant de l’Algérie via le gazoduc désormais arrêté, ce qui a conduit à leur arrêt complet. La durée de cet arrêt est de huit mois. La centrale de « Tahaddart » a été visitée par la plateforme « Taqa » près de la ville de Tanger, à environ 260 kilomètres de la capitale marocaine, Rabat. Cette centrale s’est arrêtée selon la même source qui a publié une enquête ce 12 mai 2024, pendant environ huit mois en raison du manque de gaz, alors qu’elle fournissait de l’électricité aux régions du sud du Maroc. Pour rappel, la centrale de « Tahaddart », inaugurée en 2005 avec des investissements d’environ 311 millions de dollars et une capacité de production de près de 400 mégawatts, est majoritairement contrôlée par deux entreprises étrangères, à savoir l’entreprise espagnole « Endesa » (32 %) et l’entreprise allemande « Siemens Energy » (20 %), tandis que le reste (48 %) est contrôlé par le gouvernement marocain. Ainsi, les responsables de la centrale ont eu beaucoup de mal à obtenir du gaz à partir du 1er novembre 2021, immédiatement après l’arrêt du flux de gaz via le gazoduc Maghreb-Europe. La centrale n’a repris ses activités qu’en juillet 2022, soit après plus de huit mois d’arrêt. La reprise des activités a été possible après que le gouvernement marocain a signé un contrat de 12 ans avec la société mondiale Shell pour importer environ 500 millions de mètres cubes de gaz naturel liquéfié par an, garantissant ainsi le fonctionnement continu des centrales de « Tahaddart » et de « Beni Mathar ». Le gouvernement marocain achète le gaz naturel liquéfié, le transforme en gaz naturel dans des installations en Espagne, puis l’achemine en sens inverse via le gazoduc Maghreb-Europe depuis l’Espagne. Cette décision d’exporter du gaz de l’Espagne vers le Maroc a suscité une forte réaction de l’Algérie, craignant que Madrid n’exporte du gaz algérien vers l’Espagne via le gazoduc Medgaz reliant directement l’Algérie à l’Espagne sans passer par le Maroc. Cependant, l’Espagne a fourni des garanties à l’Algérie qu’aucune « goutte » de gaz algérien ne serait exportée vers le Maroc, permettant ainsi à l’opération de se dérouler sans obstacles. Cette enquête ne révèle qu’un aspect des conséquences de l’arrêt du flux de gaz algérien sur l’économie marocaine, en se concentrant sur deux centrales électriques. Qu’en est-il des autres secteurs d’activité, surtout que la période de coupure a coïncidé avec l’hiver et le printemps, périodes de forte demande en gaz? Il est à noter que la quantité de gaz couverte par le contrat avec Shell n’était destinée qu’à ces deux centrales arrêtées.

Par Kheireddine  Boukhalfa

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