Abdeslam Bouchouareb est réapparu :L’Algérie demande à la France son extradition

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Diverses spéculations avaient circulé en leur temps sur l’ex ministre de l’industrie et des mines qui avait fui l’Algérie juste avant la démission de Bouteflika. Sa destination resta inconnue pendant longtemps. Des uns disaient qu’il vivait dans un des paradis fiscaux, d’autres pensaient qu’il vivait en Europe dans un pays n’ayant pas signé d’accord d’extradition avec l’Algérie. En fait il vivait en France depuis 2022.
Il résidait dans une maison dans les Alpes maritimes se faisant très discret dans le village où il avait choisi de passer ce qui lui restait à vivre sans être reconnu. L’homme âgé de 72ans croyait donc passer inaperçu. Pas pour longtemps car la justice algérienne avait émis un mandat d’arrêt international contre cet ex ministre accusé par la justice de son pays d’avoir été l’auteur de faits de corruption, d’avoir durant les trois années d’exercice au sein de son ministère favorisé tous les oligarques du pays en leur octroyant des terrains pour leurs activités et en donnant son aval aux banques qui prêtaient sans sourciller des milliards de centimes à ces prédateurs de plus en plus nombreux qui gravitaient autour du cercle présidentiel et du gouvernement Animé d’une ambition dévorante il ne put s’empêcher de détourner à son profit des fonds publics dont une bonne partie était en euro. De2014 à 2019 Bouchouareb s’en donna à cœur joie. Lorsqu’il sentit le vent tourner et que le peuple allait dire son mot il s’employa à transférer tout l’argent qu’il a amassé dans des banques européennes. Quand la tempête Hirak éclata Bouchouareb monta dans un avion et dit adieu à l’Algérie. Sa disparition passa inaperçue et lorsqu’après la fin de l’orage Hirak on se mit à pourchasser tous ceux qui faisaient partie de la fameuse «Içaba » selon l’expression favorite de feu Gaid Salah, reprise abondamment par les autorités. Les procès se succédaient à une cadence effrénée. Vint enfin le tour d’Abdeslam Bouchouareb, l’homme par qui le scandale arrive. C’est un procès tenu en son absence mais il se tint quand même et les séances au tribunal se conformaient aux règles du droit. 5 chefs d’accusations ont été émises par le ministère public contre l’ex ministre de l’industrie et des mines. Après délibération du jury le verdict rendu par contumace contre l’accusé cumule 20 ans pour chacune des accusations. Au total Abdeslam Bouchouareb a été condamné par défaut à 100 années de prison. Cela fait donc trois ans que l’ex ministre se cache mais en réalité il était constamment surveillé car la police française était au courant de la présence de cet Algérien ayant fui son pays et des rapports réguliers de sa présence sur le sol français sur le lieu où il résidait sont établis, tout ce qu’il faisait, quels étaient ses moyens de vivre et ses contacts atterrissaient en permanence au ministère de l’intérieur, au Quai d’Orsay mais aussi à l’Elysée. Quand la justice française a été officiellement saisie par son homologue algérienne elle ordonna que soit mis sous contrôle judiciaire le concerné. Depuis octobre 2023 Abdeslam Bouchouareb est dans l’attente de son sort. Son extradition est exigée par l’Algérie car il existe un accord d’extradition signé entre les deux pays et cet accord ne peut être remis en cause. Entre temps le concerné a introduit un appel auprès du tribunal d’Aix en Provence. Le verdict de cette cour sera rendu le 9 octobre prochain.

Qui est Abdeslam Bouchouareb ?

Il est né le 3 juin 1952 à Aïn Kercha, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi,
Il était ministre de l’industrie et de la restructuration de 1996 à 1997 sous la présidence de Liamine Zéroual et ministre de l’industrie et des mines de 2014 à 2017 sous la présidence de Abdelaziz Bouteflika. En fuite à l’étranger depuis 2019, il est condamné à un total de 100 ans de prison.
Dans les années 1980, il se lance dans les affaires en dirigeant notamment une entreprise de fabrication et distribution de chips, avant de créer la CGEOA, première confédération patronale algérienne. Il entre en politique en 1994 et est nommé président du Conseil national économique et social (CNES) le 4 avril 1995. Il devient ministre de l’Industrie et de la Restructuration de 1996 à 1997. Après avoir rejoint le RND, il connaît ensuite une relative traversée du désert avec pour seules fonctions celles de commissaire auprès du chef du gouvernement pour la promotion de l’emploi des jeunes en 1998, puis en tant que délégué à l’emploi en 2000 et député de la wilaya d’Oum Bouaghi de 2002 à 2007. En 2012, il est de nouveau élu député, cette fois de la wilaya d’Alger, il est même vice-président de l’Assemblée populaire nationale. En 2014, il est le directeur de la communication de la campagne présidentielle d’Abdelaziz Bouteflika. Dans la foulée de la réélection du président sortant pour un quatrième mandat, il est nommé ministre de l’industrie et des mines. En 2012, il est renvoyé devant la chambre d’accusation de la cour suprême pour son implication dans le scandale de l’affaire Khalifa pour un crédit de 12 millions de DA jamais remboursé. En avril 2016, suite de l’affaire des « Panama Papers » sur les paradis fiscaux qui met au jour des révélations, le nom d’Abdeslam Bouchouareb figure sur la liste des personnalités internationales impliquées. Le ministre est propriétaire d’une société offshore, Royal Arrival Corp, domiciliée au Panama. La société créée en avril 2015 exerce dans l’intermédiation commerciale avec plusieurs pays, dont l’Algérie. L’établissement financier luxembourgeois qui a créé la société pour Abdeslam Bouchouareb a confirmé qu’il en était propriétaire, en soulignant qu’elle avait été «constituée en toute transparence». Selon cet établissement, elle a été créée pour détenir et gérer des biens hérités. En raison des fonctions ministérielles d’Abdeslam Bouchouareb, il a été décidé, avec son accord, de différer toute utilisation de la société, et l’ouverture du compte bancaire chez NBAD Genève n’a jamais été finalisée . Bouchouareb a demandé de geler cette société pendant la durée de ses mandats publics. Le 26 mai 2019, dans le contexte des manifestations de 2019 en Algérie, il est renvoyé devant la Cour suprême. Alors qu’il est en fuite à l’étranger, un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre. Son procès par contumace débute le 2 décembre 2019. Il est ajourné au 4 décembre. Le 10 décembre, il est condamné par le tribunal de Sidi M’Hamed à 20 ans de prison pour l’affaire des usines d’assemblage automobile. Le même tribunal de Sidi M’hamed le condamne à 20 ans d’emprisonnement pour des faits de corruption en rapport avec Sovac (producteur des véhicules Volkswagen) et émet un second mandat d’arrêt international à son encontre, Bouchouareb étant en fuite à l’étranger. Le tribunal de Sidi M’hamed sur l’affaire Haddad le condamne à 20 ans de réclusion criminelle pour corruption. En décembre 2022, il est condamné à 20 ans de prison pour, notamment, « dilapidation de deniers publics, abus de fonction et octroi d’indus privilèges lors de conclusion de marchés publics ». Il cumule alors un total de 100 ans de prison. Domicilié dans les Alpes maritimes, Abdeslam Bouchouareb a demandé à la France le 18 septembre 2024 de refuser son extradition, arguant de « poursuites politiques » dans un contexte de « purge de l’ère Bouteflika ». Sa demande est étudiée par la cour d’appel d’Aix en Provence le 9 octobre 2024.

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