Voyage à travers le temps: Le périple ferroviaire entre Alger et Batna

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Prendre le train en Algérie, notamment celui reliant Alger à Batna, c’est s’engager dans une véritable aventure. Ce trajet, long et sinueux, est censé offrir un moment de répit et de découverte à ceux qui choisissent de parcourir les 430 kilomètres qui séparent la capitale de la ville des Aurès. Cependant, le voyage réserve bien des surprises, et souvent, des déconvenues.

Il est 4 heures du matin à la gare de l’Agha, le principal terminal ferroviaire d’Alger. Les premiers rayons du soleil n’ont pas encore percé, mais les voyageurs sont déjà nombreux. Pour monter à bord du train Nord-Sud, une arrivée en avance est indispensable, surtout si vous avez opté pour la première classe. Une différence de 1500 DA par rapport à la classe économique, un écart que beaucoup espèrent justifié par un meilleur service et un confort accru. Mais très vite, l’illusion d’un confort ferroviaire s’effondre. Le contraste entre les attentes et la réalité frappe dès les premiers instants. Le service en première classe est minimaliste, pour ne pas dire médiocre. La seule différence tangible avec la classe économique ? Une bouteille d’eau minérale de marque Saïda, distribuée comme un privilège durant le long trajet. Pour le reste, rien ne distingue vraiment cette classe « supérieure » de son équivalent économique. Les serveurs, eux, déambulent dans les wagons, mais leurs tenues informelles et non uniformisées contrastent avec l’idée d’un service en première classe. Quant au confort du train, il est loin des standards internationaux. Les sièges sont usés et les équipements parfois défectueux. Plus encore, ce qui devait être une traversée paisible devient un véritable périple. Le train, tel un serpent fatigué, se faufile à travers les paysages désertiques, passant par des villes fantômes où les gares semblent à l’abandon. À M’sila, un arrêt en milieu de trajet, les wagons sont accueillis par un torrent de pierres. Ce ne sont pas des rochers qui dégringolent des collines, mais bien des enfants qui, dans un geste de rébellion ou de simple jeu, bombardent le train, sous les yeux médusés des passagers. Le Far West, version algérienne. Le paysage lui-même, souvent spectaculaire, perd de sa magie face à l’état des infrastructures. Les gares dépeuplées semblent sorties d’un film post-apocalyptique, avec des bâtiments délabrés et vides, probablement autrefois des logements de fonction abandonnés aux fantômes du passé. Et puis, il y a le temps. Ce temps qui s’étire, rendant chaque minute plus longue que la précédente. Le trajet entre Alger et Batna est censé durer environ 7 à 8 heures, mais il n’est pas rare qu’il s’éternise. La faute à des retards imprévus, à des arrêts prolongés, ou simplement à la lenteur générale du convoi. Les passagers patientent, certains s’impatientent, tandis que le train continue de glisser paresseusement sur les rails, semblant lui-même fatigué de sa propre existence. Loin de l’image moderne et rapide que l’on pourrait espérer du transport ferroviaire, le train en Algérie semble encore figé dans un autre temps. Le projet de modernisation des lignes, annoncé à grand renfort de discours, semble encore loin d’offrir des résultats palpables. Pour l’heure, voyager entre Alger et Batna reste un périple, au sens premier du terme. Un voyage semé d’embûches, de désillusions, mais aussi, pour ceux qui savent regarder au-delà des inconforts, de paysages magnifiques et d’instants volés à une autre époque.
En attendant une véritable révolution ferroviaire en Algérie, les passagers devront continuer à faire preuve de patience et d’un certain esprit d’aventure. Parce qu’ici, prendre le train, c’est bien plus qu’un simple moyen de transport : c’est une expérience à part entière, un voyage à travers le temps, dans un pays aux mille visages et aux contrastes saisissants.

par Mohamed Tahar Aissani

 

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