L’analyse du dernier point de presse du Président Abdelmadjid Tebboune offre une vision claire des priorités actuelles de l’État algérien, articulées autour de la poursuite des réformes socioéconomiques, de la protection de la souveraineté nationale et du renforcement des institutions démocratiques.
Ce discours s’inscrit dans une logique de continuité, marquant une volonté de consolider les acquis de son premier mandat tout en s’engageant résolument dans des réformes qui visent à moderniser le pays et à répondre aux attentes de la population. L’un des points saillants du discours de M. Tebboune est la réaffirmation de la volonté de l’Algérie de poursuivre ses réformes pour construire un État moderne, axé sur la transparence et la lutte contre la corruption. Le Président a notamment mentionné la finalisation du processus de numérisation de l’administration d’ici la fin de l’année 2024, soulignant que cette mesure vise à éradiquer la bureaucratie, perçue comme un frein au développement. La numérisation est présentée comme une arme contre les tentatives de déstabilisation internes et externes, notamment par la lutte contre les « lobbies » qui, selon Tebboune, cherchent à semer le chaos dans le pays. Cette approche est un prolongement des efforts du gouvernement pour rompre avec les pratiques de l’ancienne «Issaba» (bande) de l’ère Bouteflika, un groupe accusé d’avoir contribué à la mauvaise gouvernance et à la corruption systémique. La persistance des «résidus» de ce système fait l’objet d’une vigilance particulière, et l’Armée nationale populaire (ANP) reste un pilier clé de cette lutte.
Priorités économiques et sociales : protéger le pouvoir d’achat et améliorer la production nationale
Sur le plan économique, le Président a réitéré son engagement envers les citoyens, soulignant que l’État algérien restera social et continuera à renforcer le pouvoir d’achat des couches les plus vulnérables. Il a rappelé la volonté du gouvernement de poursuivre les augmentations salariales et de lutter contre l’inflation d’ici 2027, tout en renforçant la production nationale. À cet égard, il a mis en avant les efforts déployés pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, citant des avancées significatives dans la production de sucre, d’huile et de blé dur. Les annonces économiques du Président Tebboune traduisent une volonté d’assurer une stabilité à long terme, en intégrant la dimension sociale au cœur du développement. Le nombre impressionnant de projets économiques mentionnés (20 000 projets, dont 9 000 déjà réalisés) illustre cette ambition de renforcer la capacité de l’économie algérienne à répondre aux besoins internes tout en diversifiant ses sources de revenus.
Les relations internationales et la défense de la souveraineté
Dans son allocution, M. Tebboune a abordé plusieurs dossiers internationaux, notamment les relations de l’Algérie avec l’Union européenne (UE) et les BRICS, et les enjeux géopolitiques autour du gazoduc transsaharien (Nigeria-Algérie). Le président a indiqué que la révision de l’accord d’association avec l’UE est prévue pour 2025, affirmant que cela se fera dans un esprit de coopération amicale. Quant aux BRICS, il a clarifié la position de l’Algérie, préférant se concentrer sur une adhésion à la Banque des BRICS plutôt qu’à l’élargissement du bloc BRICS+. Le Président a également fait une critique implicite de certains projets régionaux qu’il qualifie de « fictifs », faisant référence à des tentatives politiques rivales visant à concurrencer le projet du gazoduc transsaharien. Cela démontre une préoccupation constante pour la protection des intérêts stratégiques de l’Algérie dans un contexte global complexe.
Une gouvernance ouverte et un dialogue national attendu
Enfin, un élément notable de son discours concerne l’annonce d’un dialogue national prévu pour 2025-2026. Ce dialogue se fera dans un cadre de concertation avec les partis politiques et s’inscrit dans une volonté d’instaurer un débat ouvert sur la révision des lois relatives aux organes de l’État, incluant des réformes cruciales comme celles du code communal et de wilaya, ainsi que la loi sur les partis politiques. Ce dialogue pourrait marquer une étape clé dans la redéfinition de la relation entre l’État et ses citoyens, dans la mesure où il devrait permettre une participation élargie des acteurs politiques et sociaux à la prise de décision. Il s’agit d’une initiative qui pourrait renforcer la légitimité des institutions algériennes tout en répondant aux aspirations populaires pour plus de démocratie et de transparence. Le point de presse de M. Abdelmadjid Tebboune reflète une volonté claire de s’attaquer aux défis économiques et institutionnels auxquels l’Algérie fait face tout en préservant les acquis sociaux. Sa vision d’un État fort, souverain et social, capable de protéger ses citoyens et de garantir un développement équitable, guide ses priorités pour ce second mandat. Le chemin vers la réalisation des rêves des Chouhada, comme il le rappelle, repose sur la modernisation de l’État, la défense de la souveraineté nationale, et une gouvernance qui ne laisse personne sur le bord du chemin.
Par Mohamed Tahar Aissani
