Dans un climat de tensions persistantes entre l’Algérie et la France, le président Abdelmadjid Tebboune a récemment affirmé, lors d’un entretien télévisé, qu’il ne se rendrait pas à Paris, lançant avec force : «Je n’irai pas à Canossa». Cette déclaration, évocatrice d’un rejet d’humiliation, rappelle l’histoire de l’empereur Henri IV, contraint de s’humilier au XIe siècle en se rendant à Canossa pour implorer le pardon du pape Grégoire VII. La décision de M. Tebboune de décliner une visite maintes fois envisagée témoigne d’un désaveu des tentatives de rapprochement qui ont été entravées par le soutien affiché de Paris au plan marocain pour le Sahara occidental. Ce soutien, en contradiction avec les intérêts algériens, ne fait qu’aggraver une relation déjà tendue, illustrée par le retrait de l’ambassadeur algérien et la réduction de la représentation diplomatique à Paris. Dans ses déclarations, le président Tebboune a rappelé les conséquences désastreuses de la colonisation française en Algérie, qualifiant cette période d’«atrocités» et même de «génocide». Il a interpellé la France sur la nécessité de faire face à son passé colonial, en soulignant l’impact néfaste des essais nucléaires effectués entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien. Ces événements, qui ont laissé des séquelles environnementales et sanitaires profondes, constituent une pierre d’achoppement dans les relations bilatérales. M. Tebboune n’a pas manqué d’évoquer la question mémorielle, dénonçant les discours d’une « minorité haineuse» en France qui bloquent la reconnaissance des souffrances algériennes. En abordant l’accord franco-algérien de 1968, il a souligné qu’il avait été instrumentalisé par des forces d’extrême droite en France, attisant les tensions autour des droits des Algériens. En rejetant catégoriquement l’idée d’une visite à Paris, le président Tebboune marque un tournant dans la politique étrangère algérienne, affirmant haut et fort la nécessité de préserver la mémoire collective de son pays. Son message est limpide : les relations entre l’Algérie et la France doivent se construire sur un socle de reconnaissance historique et de réconciliation sincère, loin de toute forme d’humiliation ou de compromis. L’Algérie, forte de son histoire, refuse désormais de se plier aux exigences de quiconque, rappelant que le respect de son passé est non négociable.
Par Mohamed Tahar Aissani
