Le chef d’état major de l’ANP a entrepris un voyage en Mauritanie sur invitation de ce pays. Cela démontre un resserrement des liens entre les deux pays surtout dans le domaine sécuritaire et la défense des frontières. La Mauritanie partage une frontière commune avec trois de ses voisins : Au nord, le Sahara Occidental, au sud le Sénégal et à l’est l’Algérie.
La coopération dans tous les domaines avec l’Algérie permet à ce grand pays qu’est la Mauritanie de trouver ce second souffle qui lui a toujours été refusé par son voisin lointain du nord surtout après l’annexion du Sahara occidental. Cet étranglement a été desserré par l’Algérie qui a construit une route reliant les deux pays. Quelques mois plus tard c’est au tour d’une liaison maritime. Enfin pour couronner le tout les liaisons aériennes entre Alger et Nouakchott et vice –versa ont doublé, voire triplé. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont de plus en plus denses. Il ne restait que la question sécuritaire et c’est ce qui vient d’être fait avec le voyage du général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’ANP qui a été reçu par son homologue mauritanien et le président nouvellement élu de la république islamique de Mauritanie. Saïd Chengriha a d’ailleurs remis au président de ce pays un message d’Abdelmadjid Tebboune. Ce voyage il faut plutôt le voir sous l’angle de la coopération renforcée sur le plan militaire. L’Algérie est la troisième puissance militaire du continent africain après l’Egypte et l’Afrique du sud. Cela rassure en quelque sorte la Mauritanie qui a toujours souffert d’incursions malencontreuses de soldats marocains sur son sol. Lorsque Nouakchott proteste auprès de Rabat sur ces violations de son territoire devenant de plus en plus fréquentes, les représentants marocains rétorquent qu’il s’agit d’un droit de poursuite contre le Polisario. Droit de poursuite! Quelle audace venant d’un pays qui a annexé arbitrairement un territoire qui ne lui a jamais appartenu, s’agissant du Sahara occidental, ancienne possession territoriale espagnole, abandonnée à son sort en 1975. Cette «hogra» manifeste d’un voisin qui se croit tout permis envers un pays dont la force militaire est dans un état précaire . Cette coopération d’ordre militaire qui s’ajoute à celles sur les plans économique et politique vient donc à point nommé. Y aura-t-il à la clé un pacte de défense commune entre les deux pays? Il est encore trop tôt pour le dire mais cela n’est pas non plus exclu. Toujours est-il que cette visite du chef d’état-major de l’armée algérienne est scrutée à la loupe par Rabat. Le Maroc repensera t-il sa stratégie de défense orientée vers la Mauritanie et qui consiste à ses incursions sur le territoire de son voisin? Il est certain qu’il y pensera plutôt deux fois qu’une. Il y a aussi ce survol régulier des drones marocains sur une large bande territoriale bien au-delà de la frontière mauritanienne et qui survole même la route nouvellement réalisée qui relie l’Algérie à la Mauritanie. Cette surveillance à partir de drones avait rendu possible l’attaque contre des camions algériens transportant des marchandises vers le pays voisin. La coopération militaire qui va prendre forme juste après la visite du chef d’état-major de l’ANP débouchera certainement sur le renforcement des capacités de défense de l’armée mauritanienne qui disposera de l’appui et des conseils les plus sophistiqués de l’allié algérien.
