Dans un moment empreint de fierté nationale et de respect pour les sacrifices du passé, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a prononcé un discours historique lors du défilé militaire commémorant le 70e anniversaire du déclenchement de la Révolution de Novembre 1954. Il a adressé ses plus sincères félicitations au peuple algérien et a chaleureusement accueilli les chefs d’États frères et amis présents, saluant leur soutien à l’Algérie, acteur clé de la paix et de la stabilité régionale, et défenseur inflexible des causes justes et des droits des peuples à la paix et au développement. Le Président a mis en exergue la force de l’Algérie, symbole de gloire et de dignité, qui a triomphé du colonialisme pour poursuivre aujourd’hui, avec confiance, le chemin de ses victoires grâce aux enfants fidèles de la nation et dans le respect de la mémoire de ses martyrs. En ce jour mémorable, il a rendu un vibrant hommage à l’Armée Nationale Populaire et aux corps de sécurité, qui veillent aux frontières, sur terre, dans les airs, et en mer, prêts à se sacrifier pour la protection de la souveraineté nationale. Ce défilé, empreint de symbolisme, est, selon lui, un acte de fidélité à ceux qui ont défendu l’indépendance. Il témoigne du lien sacré entre le peuple et son armée, une institution aux valeurs inébranlables de loyauté et de dévouement. M. Tebboune a aussi rappelé la doctrine de défense de l’armée algérienne, dévouée exclusivement à la protection du pays et au respect du droit international. Malgré les défis économiques et sécuritaires mondiaux, il a affirmé la détermination de l’Algérie à construire une nouvelle ère de développement et de prospérité pour réaliser les aspirations de son peuple. En conclusion, il s’est incliné avec respect devant les âmes des martyrs de toutes les luttes d’indépendance et a proclamé officiellement le lancement du défilé militaire. À l’occasion du 70e anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne, les historiens, les chercheurs et les témoins de cette époque sont appelés à repenser leur approche de l’histoire de Novembre. Alors que le regard contemporain sur cet événement essentiel se cristallise souvent en récits déjà connus, il est temps de s’interroger sur les façons dont l’histoire est racontée, interprétée et transmise aux générations actuelles et futures. Cette réflexion s’avère d’autant plus nécessaire face aux discours d’historiens influents, comme celui de M. Fouad Soufi, qui propose une lecture parfois généraliste des préparatifs de cette période révolutionnaire.
Alger, berceau de la Révolution
La période précédant le déclenchement de la guerre de libération de l’Algérie demeure marquée par les préparatifs minutieux de l’Organisation Spéciale (OS). Créée en 1947 sous l’impulsion de Mohamed Belouizdad, cette organisation clandestine se posait comme un état-major révolutionnaire aux contours cachés, forgé pour préparer l’indépendance nationale. Entre 1950 et 1954, Alger, capitale administrative et politique du pays, est devenue le noyau central de cette effervescence, avec des allées et venues constantes des militants provenant de toutes les régions du pays. À l’époque, Alger abritait les sièges des partis nationalistes, et les leaders révolutionnaires s’y installaient pour des raisons stratégiques. Mohamed Boudiaf, Hocine Lahouel, Ahmed Ben Bella, et d’autres figures du mouvement y résidaient, souvent dans des conditions précaires et clandestines. Ils étaient rejoints régulièrement par Krim Belkacem, qui faisait la navette entre Tizi Ouzou et la capitale pour maintenir le lien entre les régions et l’état-major révolutionnaire. Derrière les portes closes de maisons discrètes comme celle de la famille Boukechoura à Pointe Pescade, des réunions stratégiques se tenaient en secret. Les décisions qui allaient poser les jalons de la guerre de libération s’y prenaient, faisant de ces lieux de véritables centres nerveux de l’Organisation Spéciale. L’atelier de maroquinerie situé au 28 rue de Mulhouse servait également de QG pour les activités de l’OS, où les militants se retrouvaient et coordonnaient leurs actions dans la plus grande discrétion. Ce lieu, anodin en apparence, hébergeait le cœur battant de la Révolution en gestation.
Une structure en réseau, résistante à la répression coloniale
La configuration clandestine de l’OS est renforcée après la découverte de l’organisation en 1950 par les forces coloniales, provoquant une chasse aux militants. Pour échapper aux arrestations, de nombreux activistes ont trouvé refuge auprès de membres sympathisants comme la famille Boukechoura, qui, bien qu’exposée à de graves risques, maintenait le soutien aux fugitifs. Cette solidarité incarnait un maillage humain et logistique essentiel pour la préservation des forces révolutionnaires. Malgré cette période de répression, les actions de l’OS se poursuivent, et la formation des dirigeants historiques de la Révolution prend forme. Le CRUA (Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action), créé en 1954 à Alger, marquait la transition vers une lutte armée nationale. De même, la diffusion de la revue Le Patriote au sein de la capitale et de ses environs symbolisait cette volonté d’unir les Algériens autour de la cause nationale.
Les témoignages : une matière première pour l’Histoire
Les témoignages des membres de l’Organisation Spéciale sont nombreux et essentiels pour comprendre cette phase déterminante de la Révolution. De Mohamed Boukechoura, dont le père Mourad et l’oncle Madjid ont activement participé à la logistique clandestine, aux autres compagnons de l’ombre, ces voix nous restituent la ferveur et les défis d’une lutte menée dans des conditions extrêmement difficiles. Leurs récits, précieux et encore largement méconnus du grand public, fournissent une chronologie détaillée des événements et permettent une plongée intime dans le quotidien de ces révolutionnaires. Il est indispensable de rendre justice à cette histoire, en mettant en lumière les sacrifices et les risques pris par les militants de l’OS et leurs familles. L’implication de personnalités comme Mourad Boukechoura et tant d’autres, qui ont accueilli et protégé les chefs de file de la Révolution, souligne l’importance de cet engagement patriotique dans le succès du 1er novembre 1954. Écrire cette histoire, c’est rendre hommage à ces hommes et femmes qui, à Alger ou ailleurs, ont été les garants d’une détermination indéfectible face à l’oppression. En conclusion, il appartient désormais aux historiens et aux chercheurs d’explorer cette période avec rigueur et objectivité. Le patrimoine mémoriel des familles, comme celle des Boukechoura, et les récits des anciens militants sont des piliers essentiels pour transmettre cette époque aux générations futures et éviter que l’histoire de la Révolution ne soit déformée par des versions tronquées ou simplifiées. Cette exploration permettra à chacun de mesurer l’ampleur et la profondeur de la lutte pour l’indépendance algérienne, un combat qui a transcendé les frontières régionales et sociales pour unir tout un peuple.
Un Historien au Regard Critique : Fouad Soufi et l’Histoire en Perspective
Fouad Soufi, un historien de renom, s’efforce d’établir une démarcation nette entre l’histoire et la mémoire. Dans une interview pour Le Jeune Indépendant, il précise : «Il ne faut pas confondre l’histoire et la mémoire», rappelant ainsi l’importance de prendre du recul face aux événements, mais peut-être aussi aux récits des témoins qui les ont vécus. Or, malgré son approche méthodique, certains reprochent à son analyse un manque de profondeur dans la reconstitution des détails essentiels des préparatifs du 1er Novembre, surtout en ce qui concerne les témoignages directs de figures incontournables de la Révolution. Dans un contexte où chaque détail de cette époque apporte une pierre à l’édifice mémoriel, l’absence de précisions circonstancielles devient une lacune. Pourquoi se contenter de généralités alors que les récits circonstanciés des acteurs majeurs permettraient de mieux comprendre l’essence de cette mobilisation révolutionnaire? Ce manque de détails, notamment sur les réunions, les prises de décision ou les stratégies élaborées à des moments cruciaux, laisse de côté un pan significatif de l’histoire. Cela reflète peut-être une limite que des historiens, tenus par une certaine rigueur, hésitent parfois à franchir, même si celle-ci pourrait enrichir la compréhension des mécanismes intérieurs de la Révolution.
Par Mohamed Tahar Aissani
