Est –ce un pas de plus vers la reconnaissance des crimes de guerre perpétrés par la France au cours de la guerre d’Algérie ? Nous n’en sommes pas encore à ce stade mais les choses commencent à bouger, coté de l’Elysée. La reconnaissance par Emmanuel Macron de l’assassinat et non du suicide de Larbi Ben M’Hidi est un petit pas qui a été suivi d’un autre, celui du recueillement de l’ambassadeur de France sur la tombe du héros et martyr de la Révolution algérienne.
Certes la reconnaissance de ce meurtre odieux par le colonel Aussares qui a, du reste avoué qu’il en était l’auteur et même qu’il en était fier de l’avoir fait lui était imputé, sans avoir d’ailleurs été emprisonné à la suite d’un tel aveu mais ce qui a changé des années après une telle reconnaissance c’est la généralisation du fait lui même. Ainsi le président français qui est revenu à la charge à l’occasion du 70 ème anniversaire du déclenchement de la guerre d’indépendance a cette fois impliqué non un général de l’armée française mais toute l’armée. Cela c’est nouveau et cela renvoie à la notion de crime de guerre. Cette déclaration du président français n’est pas à prendre à la légère, loin de là ! Au contraire il faut reprendre le travail mémoriel pour mettre fin à cette hargne qui persiste de la part des descendants des rapatriés pieds noirs d’Algérie qui ont massivement investi le parti de la dynastie Le Pen mais pas seulement eux car il y a cette droite conservatrice et identitaire qui n’a pas avalé la pilule amère de la mise à mort de l’empire colonial français. Le fait qu’un travail sérieux de mémoire soit entrepris est la meilleure façon de tourner la page de manière définitive et se tourner résolument vers l’avenir. C’est également l’avis du président Tebboune. En fait sur la question mémorielle les deux chefs d’Etats sont sur la même longueur d’ondes. Le fait que l’ambassadeur de France en Algérie ait fait le déplacement au cimetière d’El Alia dans le carré réservé aux martyrs de la révolution algérienne pour se recueillir humblement en déposant une immense gerbe de fleurs sur la tombe du martyr Larbi Ben M’hidi que le diplomate français a qualifié de héros est un geste qu’aucun représentant français n’a osé faire jusqu’ici . Même si du coté algérien il n’y a pas encore eu de réaction, un tel geste va droit au cœur en tous cas il ne laisse pas insensible. C’est aussi un premier pas vers la reconnaissance de la justesse de l’insurrection algérienne contre la présence coloniale française en Algérie. Là aussi il y a confirmation faite par le président français lequel pour la première fois depuis l’institution de la cinquième république un chef d’Etat français présente ses vœux au président algérien à l’occasion d’un premier novembre. Enfin il y a aussi cette récente déclaration d’Emmanuel Macron qui a convoqué récemment un panel d’historiens français en leur disant qu’il faut continuer le travail de mémoire sans parti pris, honnêtement en ne cachant nullement la vérité. Cette déclaration du président français a bien sur été bien accueillie en haut lieu à Alger même si on ne se presse pas de l’annoncer. Coté El Mouradia on s’achemine vraisemblablement vers la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens des deux rives de la Méditerranée. Coté commentaires de la presse aussi bien en Algérie qu’en France on voit les choses de manière différente. Coté algérien c’est une sorte de « rachat » de la faute commise par Macron sur la reconnaissance par l’Elysée de la « marocanité » du Sahara occidental et que ce Mea culpa est tardif. Coté Hexagone la gauche et une partie du centre se félicitent de la continuité du travail de mémoire pour tourner la page au passé colonial français et son lourd passif. La droite quant à elle reste dans ses positions initiales, autrement dit le statu quo. L’extrême droite est quant à elle outrée par une reconnaissance officielle de crimes coloniaux commis par cette France cocardière et conservatrice.
