Depuis des décennies, le Palais Ben Gana, perle architecturale et témoin précieux du patrimoine culturel algérien, s’enfonce dans un état de dégradation inquiétant. À Skikda, cette œuvre emblématique, également connue sous le nom de Dar Meriem ou Château Bengana, incarne un patrimoine chargé d’histoire et d’émotion collective. Pourtant, les multiples promesses de restauration demeurent à ce jour lettre morte, laissant ce joyau néo-mauresque à la merci du temps et de la négligence. Malgré un démarrage prometteur, le projet de restauration initié il y a quelques années a été suspendu à peine un mois après son lancement, en raison d’embûches administratives et d’un manque de volonté politique. Aujourd’hui, ce chef-d’œuvre de 1913, conçu par l’architecte Charles Montaland, est victime d’un abandon manifeste. Les mosaïques, faïences et sculptures, témoins de son raffinement d’antan, s’effritent sous l’effet de l’humidité et des intempéries. Les associations locales de sauvegarde du patrimoine tirent la sonnette d’alarme, dénonçant des fissures béantes, des ornements délabrés et un chantier laissé en friche. Le palais, classé patrimoine national en 1981, n’est pas seulement un bâtiment : il est une mémoire vivante, celle d’une époque où les influences andalouses, méditerranéennes et coloniales se mêlaient dans un dialogue architectural unique.
Un Héritage Oublié : La Richesse de Dar Meriem
Construit pour Marie Cuttoli, une mécène de renom et épouse de Paul Cuttoli, le palais reflète une époque où Skikda, alors Philippeville, brillait comme centre culturel. Après le décès de son propriétaire en 1949, le château fut acquis par Boulakhras Bengana, issu d’une famille influente sous la colonisation française. La transition post-indépendance transforma le palais en bien de l’État, utilisé pour des réceptions officielles mais progressivement délaissé. Sa construction exceptionnelle, inspirée de l’Alhambra de Grenade et de la Giralda de Séville, témoigne de l’excellence de l’artisanat maghrébin. Les carreaux de céramique fabriqués dans les célèbres ateliers tunisiens des Chemla, ainsi que les inscriptions arabes ornementales, ajoutent une dimension spirituelle et artistique inestimable. L’arrivée de M. Akhrouf Said à la tête de la wilaya redonne un mince espoir aux défenseurs du patrimoine. Ils appellent à une mobilisation immédiate, soulignant que la restauration du Palais Ben Gana pourrait devenir un modèle pour d’autres monuments en péril. Ce projet va au-delà de la simple conservation architecturale : il s’agit d’un acte de préservation de l’identité culturelle et d’un levier potentiel pour dynamiser le tourisme local. Des solutions urgentes sont nécessaires : arbitrages administratifs rapides, suivi rigoureux des travaux et allocation de ressources financières adéquates. Le succès de ce chantier serait un symbole fort d’une Algérie soucieuse de son passé et engagée dans la transmission de son patrimoine aux générations futures. Cependant, ce combat ne peut être mené seul par les autorités locales. Historiens, architectes, artistes, associations et simples citoyens doivent unir leurs efforts pour sauver Dar Meriem. La société civile joue ici un rôle crucial, tant pour sensibiliser que pour surveiller les avancées concrètes. Le Palais Ben Gana peut encore renaître de ses cendres, mais cela nécessite une volonté politique ferme et une mobilisation collective sans précédent. Il appartient aux responsables actuels de prouver que préserver notre patrimoine n’est pas une utopie, mais une réalité réalisable. Le temps presse : sauver Dar Meriem, c’est protéger une partie de notre âme nationale. Monsieur le wali, l’histoire vous observe. À vous d’agir.
Par Mohamed Tahar Aissani
