Le refus récent de l’adhésion de l’Algérie au groupe des BRICS lors du sommet de Johannesburg en août 2023 a révélé les dynamiques complexes qui sous-tendent l’expansion de ce bloc économique et politique.
Bien que perçue par certains comme « un mal pour un bien », cette décision interpelle sur les choix stratégiques que l’Algérie doit envisager pour garantir une place centrale dans l’échiquier international. Comme mentionné dans le mémorandum de Madame Zohour Boutaleb, l’Algérie est l’un des pays fondateurs du Mouvement des Non-Alignés, créé en 1961 à Belgrade. Ce mouvement, héritier de la Conférence de Bandung de 1955, repose sur une position de neutralité, refusant de s’inscrire dans les logiques de confrontation Est-Ouest. Aujourd’hui, dans un monde multipolaire marqué par une polarisation croissante, l’adhésion aux BRICS pourrait remettre en question ce pilier fondamental de la diplomatie algérienne.
Une Opportunité de Leadership : Les “Next Big Eleven”
Le concept des « NEXT BIG ELEVEN » (N-11), introduit en 2005 par Jim O’Neill de Goldman Sachs, propose une vision alternative qui reste sous-exploitée. Ce groupe regroupe des nations émergentes ayant un potentiel comparable à celui des BRICS, comme le Bangladesh, l’Indonésie, le Mexique, ou encore le Vietnam. Le mémorandum suggère que l’Algérie pourrait être au cœur d’un bloc redéfini de N-11, intégrant des partenaires stratégiques comme la Turquie, le Nigéria, ou la Corée du Sud. Ce positionnement offrirait à l’Algérie une double opportunité : Éviter l’ombre de l’influence des grandes puissances des BRICS, construire un partenariat global basé sur des critères économiques et politiques clairs, comme la neutralité et le seuil minimal de PIB.
Une Algérie Innovante et Incontournable
En construisant ce bloc alternatif, l’Algérie pourrait s’imposer comme une puissance émergente à plusieurs niveaux : Économiquement : Devenir un modèle de coopération Sud-Sud. Politiquement : Consolider son rôle historique de défenseur de la neutralité et de l’indépendance des pays du Sud.et Stratégiquement: Créer un nouvel équilibre dans les relations internationales, sans dépendre des sphères d’influence traditionnelles des BRICS ou du G7. Ce mémorandum pose une question fondamentale : l’Algérie doit-elle poursuivre un chemin dicté par les anciennes alliances, ou saisir l’opportunité d’incarner un leadership indépendant et innovant dans un monde multipolaire? En tant qu’intellectuel et analyste, nous soutienons l’idée que l’Algérie peut et doit jouer un rôle moteur dans la construction d’un bloc alternatif. Cette vision, loin d’être utopique, repose sur la capacité de l’Algérie à fédérer des nations partageant les mêmes aspirations d’indépendance et de prospérité.
Par Mohamed Tahar Aissani
