Par Kheireddine Boukhalfa—/—
Face aux bouleversements du marché énergétique européen et à l’arrêt des livraisons de gaz russe transitant par l’Ukraine, l’Italie se trouve contrainte de repenser sa stratégie d’approvisionnement.
Dans ce contexte de tensions croissantes, Rome se tourne résolument vers la rive sud de la Méditerranée, avec une attention particulière portée à l’Algérie, partenaire historique dans le secteur gazier. Cette réorientation stratégique s’inscrit dans une volonté plus large de diversification des sources d’approvisionnement et de renforcement de la sécurité énergétique du pays. En effet, Rome s’oriente désormais vers des approvisionnements accrus en provenance des États-Unis et de la Libye, mais mise surtout sur un renforcement majeur de ses partenariats avec l’Algérie. L’Algérie est devenu un fournisseur clé et fiable pour répondre aux besoins énergétiques italiens. Selon le quotidien italien « La Stampa », l’Italie cherche à diversifier ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en signant des contrats à court terme avec l’Algérie, les États-Unis, et même la Libye. Les volumes en jeu pourraient atteindre 5 milliards de m³ de gaz. Dans ce sillage, le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, a affirmé sa volonté d’agir pour protéger les besoins nationaux en gaz tout en assurant à l’Europe un flux constant, afin de réduire totalement sa dépendance à la Russie. « Bien que les stocks soient encore à un niveau suffisant, des mesures supplémentaires sont en cours d’évaluation pour maximiser le stockage et affronter sereinement la saison hivernale », a-t-il déclaré. Cette stratégie inclut notamment la regazéification via les terminaux de Piombino et Ravenna, ainsi que le renforcement des stocks existants. La demande en gaz de l’Italie sera déterminante dans les décisions des autorités. Actuellement, elle est limitée à environ 200 millions de m³ par jour, un niveau gérable grâce aux ressources algériennes et à la regazéification opérée à Piombino. Cependant, si cette demande venait à dépasser 300 millions de m³ en raison de la vague de froid attendue, l’Italie pourrait être contrainte de chercher des solutions rapides, comme l’a laissé entendre le ministre. De son côté, la Première ministre italienne, GiorgiaMeloni, prévoit également d’entamer des négociations avec l’administration américaine pour obtenir des livraisons supplémentaires de gaz. Ces discussions interviennent dans le contexte des pressions commerciales exercées par le président Donald Trump, qui a demandé à l’Union européenne d’augmenter ses importations d’hydrocarbures américains.
L’Algérie, un partenaire stratégique pour l’Italie
Dans ce contexte tendu, l’Algérie demeure un allié incontournable pour l’Italie. Depuis 2022, l’Algérie est devenue son principal fournisseur de gaz, couvrant plus d’un tiers de ses besoins via le gazoduc Transmed (Enrico Mattei). Ce pipeline relie les champs gaziers de Hassi R’mel à l’Italie en passant par la Tunisie, avec une capacité de transport annuelle de 32 milliards de m³. En 2022, l’Algérie a livré environ 22,4 milliards de m³ de gaz à l’Italie, contre 20 milliards en 2021. Les prévisions du groupe énergétique italien Eni tablent sur des livraisons atteignant 28 milliards de m³ en 2025. Cette coopération énergétique s’inscrit dans une relation historique renforcée par des investissements majeurs dans les infrastructures et par la proximité géographique, qui facilite les échanges commerciaux. Aussi, depuis octobre 2024, l’Algérie est devenue le premier fournisseur de gaz de l’Union européenne, surpassant la Russie. La fin du transit du gaz russe via l’Ukraine a bouleversé le marché énergétique européen, offrant à l’Algérie une occasion unique de consolider son rôle de fournisseur stratégique. Pour l’Italie, cette collaboration avec l’Algérie représente une solution fiable et durable face aux défis énergétiques actuels et à venir.
