La France et le FIS : Une Ombre sur la Décennie Noire

0
272

Les masques tombent enfin. Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, a récemment fait une déclaration qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel déjà chargé des relations franco-algériennes. Il a confirmé ce que nombre d’Algériens soupçonnaient depuis des décennies : la France aurait soutenu le Front Islamique du Salut (FIS), acteur clé de la décennie noire, une période tragique qui a coûté la vie à plus de 200 000 Algériens et laissé des millions d’autres profondément traumatisés.

Cette révélation, si elle est avérée, ne fait pas que jeter une lumière crue sur le rôle ambigu de la France dans cette tragédie. Elle soulève des interrogations vertigineuses sur la véritable nature de la relation franco-algérienne et les motivations de l’ancienne puissance coloniale dans un contexte de chaos et de violence. Que signifie le soutien au FIS, un mouvement dont le programme politico-religieux extrémiste promettait la fin des libertés fondamentales et plongeait le pays dans l’obscurantisme ? Pourquoi une nation comme la France, qui se réclame des Lumières et des valeurs républicaines, aurait-elle pactisé avec une organisation aux antipodes de ces idéaux ? Ce soutien, s’il est confirmé, n’est rien d’autre qu’un acte de duplicité politique et une trahison de la souveraineté algérienne. La décennie noire reste une plaie béante dans la mémoire collective algérienne. C’était une guerre sans merci, où civils, intellectuels, journalistes et forces de sécurité ont été pris pour cibles dans une spirale infernale de violence. Dans ce contexte, l’idée que la France aurait alimenté cette machine à broyer les âmes est insoutenable. Cette révélation nous pousse à revisiter les discours officiels de l’époque. Tandis que Paris se présentait comme un acteur neutre, voire un allié contre l’extrémisme, ces déclarations montrent une réalité bien différente. Ce n’était pas une neutralité bienveillante, mais une manœuvre stratégique calculée qui, intentionnellement ou non, a contribué à prolonger l’agonie de l’Algérie. Si la France a effectivement soutenu le FIS, il est impératif qu’elle reconnaisse cette responsabilité devant l’Histoire. Les relations franco-algériennes, déjà marquées par les blessures du colonialisme, ne pourront jamais évoluer sans une transparence totale sur ces événements. Ce soutien présumé, loin d’être anodin, pourrait expliquer bien des ambiguïtés dans la politique française vis-à-vis de l’Algérie durant les années 1990.Les excuses ne suffiront pas. Ce qu’il faut, c’est une mise à nu complète des archives et des mécanismes décisionnels qui ont conduit à ce choix. Le silence ou les demi-aveux ne feront qu’accentuer le ressentiment et la méfiance entre les deux nations. Enfin, cette révélation doit servir de leçon. Elle rappelle à tous les peuples, et en particulier à l’Algérie, que les jeux de pouvoir des grandes nations sont rarement altruistes. Le soutien, l’ingérence ou même la simple complaisance envers des mouvements destructeurs peuvent avoir des conséquences catastrophiques. Il appartient aux citoyens, aux historiens et aux intellectuels de continuer à poser des questions et à exiger des réponses. Xavier Driencourt a peut-être jeté un pavé dans la mare, mais il a surtout ouvert une boîte de Pandore. Le silence et l’ambiguïté ne sont plus des options. La vérité, aussi douloureuse soit-elle, est nécessaire pour que justice soit rendue à ceux qui ont souffert et pour que l’Algérie puisse tourner cette page sombre de son histoire.

Par Mohamed Tahar Aissani

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici