L’allocation de chômage en Algérie :Entre ambitions sociales et réalités amères

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L’Algérie a fait de la lutte contre le chômage une priorité nationale, en introduisant en 2022 un dispositif d’allocation de chômage destiné à offrir un soutien financier temporaire aux demandeurs d’emploi. Ce mécanisme se voulait ambitieux, promettant de réduire la précarité et de favoriser l’insertion professionnelle.

Pourtant, le récent rapport du Cour des Comptes dresse un tableau préoccupant, révélant des failles importantes dans la conception et la mise en œuvre de ce dispositif.  Dans son évaluation du projet de loi de règlement budgétaire pour l’année 2022, le Cour des Comptes met en lumière des chiffres qui, loin de traduire un succès, interrogent sur l’efficacité de ce programme. Sur les 3,88 millions de demandes d’emploi enregistrées durant l’année, seulement 273 875 demandeurs ont été placés dans des postes de travail. Ce taux d’intégration, qui s’élève à peine à 7,05 %, illustre une inadéquation criante entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi, laissant planer des doutes sur la capacité de l’Agence Nationale de l’Emploi à accomplir sa mission. Par ailleurs, le dispositif d’allocation de chômage, qui a englouti des ressources considérables, soit 208,49 milliards de dinars pour les seules indemnités versées, s’est révélé encore plus décevant dans ses résultats. Sur les 1,88 million de bénéficiaires recensés, à peine 5 905 ont été intégrés dans des postes de travail, représentant un taux d’insertion de seulement 0,31 %. Ce chiffre dérisoire traduit l’échec du mécanisme à répondre à sa promesse fondamentale, celle de transformer l’aide temporaire en un tremplin vers une stabilité professionnelle. Les causes de cette inefficacité sont multiples et trouvent leur origine dans l’absence de cohérence entre les qualifications des bénéficiaires et les exigences des offres d’emploi. Parmi les allocataires, 21 % sont titulaires d’un diplôme universitaire, 15 % proviennent de la formation professionnelle, tandis que 64 % n’ont aucune qualification. Cette réalité complexe souligne les défis auxquels est confronté le marché du travail algérien, où la surqualification côtoie l’absence totale de compétences, rendant d’autant plus difficile le rapprochement entre les employeurs et les demandeurs d’emploi.  En outre, le rapport révèle une prédominance féminine parmi les bénéficiaires, avec 72 % de femmes inscrites dans ce dispositif. Ce constat met en lumière les inégalités persistantes dans l’accès à l’emploi et souligne la nécessité de politiques plus inclusives pour mieux répondre aux spécificités de cette catégorie de la population. La question du contrôle des bénéficiaires a également soulevé des inquiétudes. Selon le rapport, 14 468 personnes auraient perçu l’allocation sans y avoir droit, pour un montant total de 657,7 millions de dinars. Malgré les efforts de l’Agence Nationale de l’Emploi, qui a récupéré 62 % de ces sommes, les failles dans les mécanismes de vérification nuisent à la crédibilité du dispositif et soulignent l’urgence d’une refonte des procédures de contrôle. Deux ans après son lancement, ce programme, pourtant prometteur dans ses intentions, demeure dépourvu de critères clairs pour évaluer son efficacité. Un projet de décret ministériel visant à définir ces critères est encore en attente, ce qui complique l’analyse objective des performances du dispositif. Cette lacune entrave toute possibilité d’amélioration, alors même que les indicateurs actuels signalent une nécessité impérieuse de réformes structurelles. Le dispositif de l’allocation de chômage devait être une bouée de sauvetage pour des millions de jeunes Algériens sans emploi, mais il semble aujourd’hui s’échouer sur les récifs de l’incohérence et du manque de préparation. Le rapport du Conseil des Comptes, en soulevant ces insuffisances, adresse un appel pressant à une refonte profonde du programme. Il ne s’agit plus simplement d’assurer un revenu temporaire, mais de construire un pont solide entre l’aide sociale et l’emploi durable. Si l’allocation de chômage reste un outil social indispensable dans un contexte économique difficile, elle ne peut continuer à fonctionner comme un dispositif isolé, déconnecté des dynamiques réelles du marché du travail. En l’absence de mesures correctives, ce programme risque de devenir un simple poste de dépense sans impact significatif sur le chômage. Ce qui est en jeu ici dépasse la question des chiffres. C’est l’avenir de toute une génération qui mérite une attention et des actions à la hauteur des attentes placées en ce dispositif.

Par Mohamed Tahar Aissani

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