Que cherche l’OTAN en Algérie ? Une visite sous haute surveillance géopolitique

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L’Algérie a récemment accueilli une délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN du 4 au 6 novembre 2024. Cette visite, qui a soulevé de nombreuses interrogations au sein de la communauté géopolitique et dans l’opinion publique, s’inscrit dans un contexte marqué par le repositionnement stratégique des grandes puissances en Afrique du Nord et au Sahel.

L’Alliance atlantique cherche-t-elle à renforcer son influence dans une région où la Russie étend progressivement son empreinte, notamment après la déroute de la France au Sahel ? L’OTAN, dominée par les États-Unis et leurs alliés européens, est en quête permanente d’expansion et de consolidation de son influence face aux grandes puissances rivales que sont la Chine et la Russie. Depuis la guerre en Ukraine et l’accroissement des tensions avec Moscou, l’Alliance atlantique a intensifié ses manœuvres diplomatiques et militaires dans ce qu’elle appelle son « voisinage méridional », une zone incluant l’Afrique du Nord et le Sahel. L’Algérie, pays historiquement non-aligné et disposant d’une politique étrangère fondée sur la souveraineté et le rejet des blocs militaires, entretient néanmoins des relations privilégiées avec la Russie. En témoignent les contrats d’armement signés avec Moscou, faisant de l’Algérie le troisième importateur d’armes russes après l’Inde et la Chine, selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Ce positionnement met Alger sous le regard attentif de l’OTAN, qui redoute une influence russe accrue en Afrique du Nord.

Les enjeux d’une visite stratégique

La délégation de l’OTAN, composée de 28 parlementaires issus de 13 pays membres, a abordé plusieurs thématiques lors de sa visite, notamment la lutte contre le terrorisme, la sécurité énergétique et la stabilité au Moyen-Orient. Officiellement, ces discussions s’inscrivent dans le cadre du dialogue méditerranéen lancé en 1994 par l’OTAN afin de renforcer la coopération avec certains pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Cependant, plusieurs analystes estiment que cette visite vise avant tout à sonder la position de l’Algérie face à l’évolution du paysage stratégique en Afrique. La récente montée en puissance de la Russie dans la région, notamment via la présence de Wagner au Mali et au Burkina Faso, a rebattu les cartes de l’influence occidentale. L’OTAN pourrait chercher à établir un dialogue plus soutenu avec Alger afin d’éviter un basculement trop marqué vers l’axe Moscou-Pékin.

L’Algérie entre neutralité stratégique et prudence diplomatique

Malgré les pressions internationales, l’Algérie s’efforce de maintenir une politique de neutralité stratégique. Elle a toujours refusé d’intégrer des alliances militaires et défend une diplomatie fondée sur le respect de la souveraineté des États. Ce positionnement a été réaffirmé à plusieurs reprises par le président Abdelmadjid Tebboune, notamment lors de la candidature de l’Algérie aux BRICS, un groupement économique perçu comme un contrepoids à l’Occident. Toutefois, des signaux contradictoires émergent. D’une part, Alger condamne discrètement l’interventionnisme occidental dans la région, comme en Libye ou en Syrie. D’autre part, elle exprime des réserves sur la présence russe dans le Sahel, perçue comme un facteur potentiel d’instabilité supplémentaire. Lors de leur rencontre avec la délégation de l’OTAN, le président du Sénat Salah Goudjil et le président de l’Assemblée populaire nationale, Brahim Boughali, ont insisté sur la nécessité d’une approche algérienne autonome en matière de sécurité régionale.

Une Afrique du Nord sous surveillance

L’intérêt de l’OTAN pour l’Algérie s’inscrit également dans une stratégie plus large de contrôle de l’Afrique du Nord. Depuis le déclenchement du Printemps arabe, cette région est au centre d’une compétition d’influence entre différentes puissances. La Libye voisine, déstabilisée depuis l’intervention militaire de 2011, constitue une zone de forte préoccupation pour les États-Unis et l’Union européenne. La Tunisie, en proie à une instabilité politique persistante, représente également un enjeu majeur pour les équilibres régionaux. Dans ce contexte, l’Algérie apparaît comme un acteur clé pour assurer une certaine stabilité dans la région. Sa position géographique stratégique, sa puissance militaire et ses ressources énergétiques en font un partenaire convoité. Mais Alger reste méfiante vis-à-vis de toute ingérence étrangère, qu’elle provienne de l’OTAN, de la Russie ou de toute autre puissance. L’OTAN cherche-t-elle à rallier l’Algérie à son orbite ou simplement à éviter un basculement trop marqué vers la Russie ? La question reste ouverte. Pour l’instant, Alger maintient une posture de prudence et de neutralité, bien que sous une pression diplomatique croissante. L’avenir de ses relations avec l’OTAN dépendra en grande partie de l’évolution du contexte géopolitique global et des équilibres de pouvoir dans le Sahel et en Afrique du Nord. Quoi qu’il en soit, la visite de cette délégation témoigne de l’importance stratégique croissante de l’Algérie dans un monde en pleine recomposition géopolitique. Reste à savoir si ce pays parviendra à maintenir son cap de neutralité ou s’il sera contraint à des ajustements sous l’effet des grandes manœuvres internationales en cours.

Par Mohamed Tahar Aissani-

 

 

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