L’Algérie, souveraine et libre, n’a pas besoin de leçons

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La chronique de Kamel Daoud, parue dans Marianne, interroge une hypothétique « emprise électorale algérienne » sur la France. Derriere ce titre provocateur se cache une rhétorique bien huilée : celle qui feint de déconstruire une « pensée magique postcoloniale » tout en recyclant, sous couvert d’une fausse neutralité intellectuelle, les obsessions d’une France inquiète de son propre déclin. L’Algérie n’est ni une colonie mentale ni un laboratoire où la France pourrait puiser des intellectuels chargés de préserver son prestige. Elle est une nation souveraine qui n’a de compte à rendre à personne sur les choix de son élite ou sur son mode de gouvernance. Il n’appartient ni à Paris ni à quelque chroniqueur en mal d’audience de décider qui sont ses penseurs, ses analystes et ses bâtisseurs d’avenir. Nous avons tourné la page des chaouchs, des caïdats et des supplétifs de l’administration coloniale. L’Algérie d’aujourd’hui compte près de 120 universités, plus de 30 écoles d’excellence, et des millions de jeunes diplômés qui émergent sans avoir besoin d’une quelconque validation extérieure. Si Paris a choisi de substituer à Aron, Bouveresse ou Tocqueville des intellectuels de service, prompts à flatter certains préjugés, c’est son problème. Ce n’est certainement pas le nôtre. Les penseurs algériens ne se recrutent pas selon un agrément français. L’intelligentsia nationale s’est construite par elle-même, sur son propre terreau, loin des velléités paternalistes qui voudraient en définir les contours. De la même manière, la France élit son président en toute souveraineté, sans qu’un quelconque fantasme d’influence algérienne ne vienne obscurcir le jugement de ses électeurs. Croire le contraire, c’est non seulement insulter l’intelligence des Français, mais aussi trahir une incapacité à envisager l’Algérie autrement que sous un prisme déformant, mêlant nostalgie et déni. Non, l’Algérie n’a pas besoin de la France pour se choisir des intellectuels. Non, elle n’a pas besoin qu’on lui dicte qui doit porter sa voix et incarner sa pensée. Elle possède des hommes et des femmes de talent qui, sans chercher l’approbation de quiconque, œuvrent chaque jour à son rayonnement. C’est là la réalité que certains s’obstinent à ignorer, préférant alimenter des thèses douteuses plutôt que de reconnaître l’émergence d’une nation libre, fière et pleinement maîtresse de son destin.

Par Mohamed Tahar Aissani

 

 

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