La récente publication d’un manifeste sur l’état de la culture à Skikda a ravivé les débats sur la situation artistique et culturelle de la région. Le document en question dresse un tableau sombre du secteur, qualifiant la dynamique culturelle locale de « déclinante » et pointant du doigt les autorités pour leur manque d’engagement.
Mais cette lecture de la réalité est-elle fondée sur une analyse objective ou tombe-t-elle dans l’exagération et le pessimisme ? Les auteurs du manifeste usent d’un lexique dramatique : « effondrement », « asphyxie », « mort lente de la culture ». Ce type de discours a le mérite d’attirer l’attention sur certaines difficultés réelles, mais risque aussi de donner une image tronquée de la situation. Certes, Skikda souffre de problèmes structurels, mais cette ville ne se distingue pas nécessairement du reste du pays, où le secteur culturel rencontre généralement des obstacles similaires : manque de financement, infrastructures inadéquates, et faible implication des acteurs privés. L’un des points faibles du manifeste est son absence de nuance. Il met en avant les aspects négatifs sans considérer les initiatives positives qui existent à Skikda. Des festivals sont régulièrement organisés, des artistes locaux continuent de créer et d’exposer, et des collectifs culturels tentent de pallier le manque de soutien institutionnel par des initiatives privées. Certes, ces actions restent fragiles et insuffisamment soutenues, mais elles démontrent que la scène culturelle locale est encore vivante.
Des solutions concrètes au lieu des constats alarmistes
Le manifeste appelle à un sursaut collectif et à une prise en charge de la culture par les autorités. Mais au-delà des critiques, il serait pertinent d’apporter des propositions pragmatiques. Comment revitaliser les structures existantes ? Quel modèle de financement alternatif pourrait être envisagé ? Comment favoriser l’implication des jeunes et des acteurs économiques ? Il est essentiel que le débat sur la culture à Skikda ne se limite pas à des constats amers, mais qu’il s’oriente vers des solutions réalistes. Une véritable dynamique culturelle ne peut être entretenue uniquement par l’attente d’un soutien étatique. Les artistes, les associations et le public doivent jouer un rôle moteur en s’impliquant activement dans la construction d’un paysage culturel riche et durable. Il serait plus productif d’organiser des rencontres entre acteurs culturels, institutions et citoyens afin d’élaborer des stratégies collectives. Plutôt que de condamner le secteur à une « agonie irréversible », pourquoi ne pas s’inspirer des réussites locales et les multiplier ? L’avenir culturel de Skikda ne doit pas être un sujet de lamentation, mais une opportunité de redéfinition et de mobilisation. Plutôt que d’opposer état et artistes, il faut encourager la collaboration et la responsabilisation de tous les acteurs. Ce n’est qu’à travers cette approche constructive que la culture à Skikda pourra évoluer et s’imposer comme un moteur de développement local.
Par Mohamed Tahar Aissani,
