Chronique d’un camouflet diplomatique:
L’Afrique refuse l’imposture

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—
Il ne s’agit plus d’un simple incident protocolaire, mais d’un signal clair envoyé depuis le cœur du continent africain : l’Afrique ne veut pas d’une présence israélienne usurpée en ses enceintes symboliques. Ce lundi, dans la majestueuse salle Mandela du siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, l’ambassadeur israélien en Éthiopie, Abraham Belay Negaussie, a été invité à quitter les lieux dans des conditions pour le moins humiliantes.

Qui l’a invité ?Telle est la question qui taraude désormais les esprits diplomatiques, africains comme israéliens. Selon des sources concordantes rapportées par Al Jazeera, aucune convocation officielle ne semblait justifier la présence du diplomate lors d’un sommet annuel consacré à la mémoire du génocide rwandais. Sa venue inopinée a déclenché une levée de boucliers immédiate parmi plusieurs délégations africaines, dont certaines ont menacé de quitter la réunion si sa présence n’était pas annulée. L’Union africaine a promptement ouvert une enquête pour déterminer l’origine de l’invitation. Cet épisode s’inscrit dans une série d’incursions contestées du représentant d’un État que nombre de peuples africains associent à la colonisation, à l’occupation et à la répression. En février 2023 déjà, une représentante israélienne avait tenté de s’introduire à un sommet de l’Union africaine avec un badge falsifié : elle fut aussitôt éconduite. Le président de l’organisation panafricaine avait ordonné une enquête. L’affaire fit grand bruit. À chaque tentative israélienne de s’installer comme «observateur » au sein de l’Union, l’indignation populaire ressurgit, réveillant les mémoires et les solidarités avec la Palestine.

Quand Rabat fait exception
Il est cependant des exceptions notables. Le Maroc, désormais allié stratégique d’Israël depuis les accords d’Abraham, a souvent plaidé — en coulisses comme en tribunes — pour une normalisation de cette présence israélienne au sein des institutions panafricaines. Mais l’opinion publique africaine, largement favorable à la cause palestinienne, ne suit pas. Pour de nombreux Africains, l’histoire de l’apartheid sud-africain, la mémoire des luttes anticoloniales et la quête de justice universelle forment un socle moral incompatible avec l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Le choix du moment n’a rien d’innocent. Intervenir lors d’une commémoration du génocide rwandais, où les cicatrices de la mémoire collective restent à vif, relevait d’un geste maladroit, voire cynique. Comment un État accusé d’exactions répétées à Ghaza et en Cisjordanie peut-il s’improviser témoin ou partenaire d’un devoir de mémoire africain ? L’indécence du parallèle n’a échappé à personne.

La constance algérienne
L’Algérie, fidèle à ses principes historiques de non-alignement et de soutien aux peuples opprimés, a une fois encore montré l’exemple. En 2023, elle avait déjà réussi à expulser Tzipi Livni, ex-ministre israélienne, du Forum de l’Alliance des civilisations de l’ONU à Lisbonne. Une coordination diplomatique habile entre les délégations arabe et musulmane avait permis de faire barrage à la tentative de « blanchiment diplomatique » de l’exécutif israélien. L’épisode de ce 7 avril s’apparente ainsi à une mise au point éthique : l’Union africaine ne saurait devenir un théâtre de normalisation forcée tant que la question palestinienne reste irrésolue. L’Afrique, qui a payé le prix fort des colonisations et des luttes de libération, garde mémoire de ceux qui l’ont soutenue — et de ceux qui se sont tus. Cette nouvelle désinvitation est un rappel brutal mais salutaire : l’Afrique, malgré les pressions, n’a pas perdu son âme.

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