Algérie:
Le piège des rancunes et le spectre d’un divorce annoncé

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

« Il est des silences plus assourdissants que les cris. Celui des relations franco-algériennes, aujourd’hui, en est un. » C’est une alerte solennelle que lance le quotidien L’Humanité : la relation entre Alger et Paris traverse, selon lui, la plus grave tempête diplomatique depuis l’indépendance algérienne en 1962. Ce constat, plus que lucide, soulève une question essentielle : comment deux nations aux destins si étroitement liés ont-elles pu se perdre dans les méandres d’un ressentiment mal digéré et de calculs politiques à courte vue ?

La Une de L’Humanité, intitulée « La crise diplomatique actuelle ne sert ni la France ni l’Algérie », n’est pas une simple chronique d’un désamour passager. C’est le cri d’alarme d’une presse encore capable de prendre du recul. Le journal pointe une réalité glaçante : la dérive actuelle n’a ni fondement stratégique cohérent ni bénéfice concret, ni pour Paris, ni pour Alger. Sur le plan économique, humain et culturel, les liens entre les deux rives de la Méditerranée sont d’une densité inextricable. Chaque tension qui s’y envenime est un poison lent qui affecte des millions de vies, de part et d’autre de la mer. Dans les lignes de L’Humanité, une mise en garde : la relation bilatérale devient l’otage de manœuvres troubles et de rivalités idéologiques internes à la France. L’extrême droite et une frange du pouvoir, obsédées par une vision anxiogène de l’identité nationale, instrumentalisent l’Algérie pour galvaniser une opinion fatiguée. Ceux qui, hier encore, fustigeaient la repentance, s’abandonnent aujourd’hui à un étrange retour du refoulé. Une nostalgie coloniale voilée, où l’Algérie est tantôt perçue comme une menace, tantôt comme une ancienne possession égarée. Une fixation morbide qui traverse les courants politiques, attisée par des médias qui n’hésitent plus à désigner les Franco-Algériens comme boucs émissaires d’un malaise national.

Le naufrage de la diplomatie française

Le tableau que dresse L’Humanité de la scène politique française est inquiétant. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, en quête d’une stature présidentielle, joue avec le feu. Dans ses discours, l’Algérie devient un épouvantail commode, un théâtre de tensions où il peut affirmer une autorité de façade. Pendant ce temps, Emmanuel Macron tangue entre posture conciliante et gestes de défi. L’Élysée hésite, tergiverse, alors que la méfiance s’installe durablement. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, envoyé en mission d’apaisement à Alger, est rentré bredouille. Preuve s’il en est de l’impasse actuelle. Loin des caricatures binaires, il serait vain d’imputer cette crise uniquement à Paris.

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