France, quand tu nous terrorises avec élégance:
Le doux poison du communautarisme stratégique

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Il y a des silences plus bruyants que mille discours, et des accueils plus violents que cent expulsions. Paris, drapée dans sa robe mitée des droits de l’homme, vient d’offrir une tribune — une de plus — à Ferhat Mehenni, séparatiste notoire et fugitif notifié par la justice algérienne.

Que reste-t-il donc de la République quand elle tend la main à ceux qui rêvent de fracturer les nations voisines sous couvert de liberté ? Le verbe est joli, le geste infâme. Ce n’est pas de la naïveté. C’est une stratégie. Une stratégie froide, cynique, vieille comme l’Empire : attiser les braises ethniques là où l’unité dérange les calculs de l’Élysée. Derrière Mehenni, ce n’est pas un homme que la France reçoit, c’est un levier. Un outil. Un fantoche au service d’un théâtre diplomatique grotesque. Il ne s’agit pas de liberté d’expression, mais de maintien d’influence. De géopolitique coloniale recyclée. De terrorisme doux, habillé de velours républicain. Et le procédé est connu : on commence par nommer les régions, puis on érige des minorités à géométrie variable. Aujourd’hui, c’est la Kabylie qu’on tente d’isoler sous cellophane idéologique. Demain, ce sera un autre peuple algérien que l’on « représentera » de force. Et à chaque fois, la même rengaine : droits de l’homme, minorité opprimée, liberté d’auto-détermination. Mais la vérité ? C’est la fragmentation qui est visée. Le balkanisme sur mesure. Le communautarisme téléguidé. Et que dire de cette étrange amnésie française ? Il y a les Basques, les Bretons, les Corses. Pourquoi ne pas leur tendre la même estrade, leur donner les caméras, les honneurs, et une garde républicaine ? Non. Là, c’est la « République une et indivisible » qui ressurgit soudain, rigide, intransigeante. Mais pour l’Algérie, on applaudit les fauteurs de discorde. Le deux poids, deux mesures est devenu un dogme. L’Algérie, faut-il le rappeler, n’est pas une invention de conférence ou un fruit de l’arbitraire colonial. Elle est née d’un arrachement, d’un refus, d’une lutte. Et la Kabylie n’est pas une anomalie à extraire, mais un cœur battant de cette lutte. Aucun pseudo-dissident n’effacera les noms des Abane, Krim, Amirouche et tant d’autres, que Ferhat Mehenni semble avoir effacés de ses chansons. Qu’on ne s’y trompe pas. Le mutisme officiel algérien n’est pas faiblesse, mais lucidité. Ce n’est pas l’heure du cri, c’est celle de la préparation. Et quand l’histoire tranchera, elle ne retiendra pas les pamphlets séparatistes écrits depuis Paris, mais la fidélité d’un peuple à ses martyrs. Ce peuple-là est intact. Paris ferait bien de se souvenir que les temps ont changé. Qu’en Afrique, la carte néocoloniale est en train de se dissoudre. Que les peuples ne sont plus dupes. Et que les alliés d’hier, corrompus ou corvéables, sont remplacés par des citoyens éclairés, exigeants, souverains. À force de jouer avec les étincelles communautaires, la France pourrait bien déclencher un feu qu’elle ne saura ni expliquer ni éteindre. Car aujourd’hui, dans la Kabylie, dans le Sud, à l’Ouest et à l’Est, les Algériens ne demandent pas la division, mais la justice. Pas la partition, mais la reconnaissance. Pas des marionnettes, mais des institutions fortes. Et face à cela, Mehenni n’est rien. Une note discordante dans une symphonie de résistance.

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