La fin de l’ère française en Afrique

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Actuellement la France fait face à un défi majeur en Afrique, avec une redéfinition significative de ses relations, notamment au Sahel et avec l’Algérie. Plusieurs pays, dont le Mali, le Burkina Faso, le Niger, et dans une moindre mesure le Tchad, ont amorcé un processus de « chasse » de l’influence française, qui s’est concrétisé par le retrait militaire et la remise en question des accords de défense. Simultanément, la France traverse une crise diplomatique qualifiée de « la plus grave » avec l’Algérie.

Historiquement ancrée dans la région du Sahel à travers l’opération Barkhane et d’autres initiatives, la présence militaire française visait à lutter contre les groupes djihadistes et à stabiliser la zone. Cependant, depuis 2022, un mouvement de retrait progressif s’est accéléré, menant à la fin des opérations militaires françaises au Mali (août 2022), au Burkina Faso et au Niger, et plus récemment au Tchad (début 2025), où se trouvait le dernier commandement des forces françaises au Sahel. Ce retrait est le résultat de plusieurs facteurs convergents à savoir les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger  qui ont porté au pouvoir des juntes ouvertement critiques envers la France et désireuses de rompre avec l’ancienne puissance coloniale soutenus par une partie croissante des populations sahéliennes qui perçoit la présence militaire française comme une ingérence néocoloniale, ne garantissant pas toujours la sécurité et parfois associée à une certaine condescendance. Les pays du Sahel se tournent vers de nouveaux alliés, notamment la Russie, la Chine et la Turquie, pour diversifier leurs partenariats en matière de sécurité et de développement. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont d’ailleurs formé l’Alliance des États du Sahel (AES), une confédération visant à renforcer leur coopération en matière de défense et à affirmer leur souveraineté. La présence française,  a accentué l’insécurité liée aux groupes armés qui a persisté, voire s’est aggravée dans certaines zones, alimentant le sentiment que l’approche française n’était pas efficace.

La crise algéro-française s’amplifie

Cette mutation des relations a des implications profondes. Elle marque la fin d’une ère de la « Françafrique », caractérisée par une forte influence militaire, économique et politique de la France sur ses anciennes colonies. Parallèlement à la situation au Sahel, les relations entre la France et l’Algérie connaissent une période de vives tensions, qualifiée de « crise diplomatique,  la plus grave depuis la fin de la période coloniale ». Cette crise est le reflet d’un historique complexe, marqué par des contentieux mémoriels liés à la colonisation et à la guerre d’Algérie, ainsi que par des désaccords contemporains. Plusieurs incidents récents ont exacerbé les tensions : En mai 2025, l’Algérie a expulsé 15 agents diplomatiques français pour « positions irrégulières », une mesure qui faisait suite à l’expulsion par la France de 12 diplomates algériens en avril de la même année. Ces expulsions étaient elles-mêmes liées à l’arrestation d’un fonctionnaire consulaire algérien à Paris, accusé d’implication dans un prétendu ‘enlèvement d’un renégat algérien nommé  Amîr Boukhors  dit Amir dz. La France a tenté d’exercer de vaines  pressions sur l’Algérie, menaçant de remettre en cause l’accord bilatéral de 1968 qui octroie des supposés avantages aux Algériens en matière d’entrée et de séjour qualifié par le Président de la République M. Abdelmadjid Tebboune de « coquille vide ».  Le soutien de la France au plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental est perçu par l’Algérie comme une « trahison » et un facteur d’aggravation des tensions. L’Algérie estime que le durcissement de la classe politique française favorise des positions antagonistes à son égard. Cette crise diplomatique a des répercussions sur divers aspects des relations bilatérales, allant de la coopération sécuritaire à la collaboration culturelle, et risque d’avoir un coût humain important, notamment en cas de renégociation de l’accord migratoire  entraînant par l’Algérie la révision d’autres accords traitant de la sécurité, de l’économie etc. En somme, la France est confrontée à une refonte profonde de sa position en Afrique. Les « chasses » des forces françaises au Sahel et la crise diplomatique avec l’Algérie illustrent une aspiration croissante à la souveraineté et à la diversification des partenariats de la part des pays africains, forçant Paris à adapter sa politique étrangère à cette nouvelle donne géopolitique.

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