Sans urnes ni opposition:
Le rêve malien de démocratie étouffé par la junte de Goïta

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Le 11 juillet 2025, le général Assimi Goïta a paraphé l’ultime coup de grâce à ce qu’il restait d’illusions démocratiques au Mali. Dans un silence assourdissant, sans urnes ni appel au peuple, le chef de la junte militaire a entériné une loi scellée par le Conseil national de transition, lui offrant sur un plateau cinq années de présidence, renouvelables à l’infini selon les besoins du moment.

La démocratie ? Une parenthèse refermée, un mirage évaporé sous le soleil lourd de Bamako. Goïta, qui avait promis une transition vers un pouvoir civil après son double coup d’État – en août 2020 puis en mai 2022 – a opté pour la consolidation absolue de son règne. L’appellation de « président de la transition » est désormais reléguée aux archives de la communication politique. Le nouveau cadre légal fait de lui un président à part entière, sans échéance, sans alternative, sans débat. Officiellement, le texte vise à « garantir la continuité du commandement face aux défis sécuritaires majeurs » que connaît le pays, selon les mots du Conseil, relayés par Le Figaro. En réalité, cette loi fait office de verrou constitutionnel taillé sur mesure pour pérenniser un pouvoir militaire sans partage. Sous couvert de stabilité, c’est une abdication complète du principe même de souveraineté populaire. Le Conseil national de transition, devenu outil docile du pouvoir exécutif, a approuvé cette mutation institutionnelle avec une célérité suspecte. Fin avril déjà, un « congrès national » trié sur le volet avait recommandé l’érection de Goïta au rang de chef de l’État pour un quinquennat plein, sans élection. C’était là une répétition générale d’un scénario écrit d’avance. Et comme dans toute pièce bien huilée, l’élimination de l’opposition n’a pas tardé. Les partis politiques, associations et autres corps intermédiaires ont été suspendus par décret présidentiel – une décision brutale, prise au nom de « la préservation de l’ordre public », mais en réalité destinée à neutraliser toute dissidence. L’opinion internationale, trop occupée à réorganiser ses priorités géopolitiques au Sahel, a réagi avec une mollesse coupable. Quant à la CEDEAO, autrefois prompte à condamner les dérives autoritaires, elle semble tétanisée, paralysée entre la crainte de l’isolement et les réalités d’un terrain miné par l’insécurité. En face, Goïta s’impose en stratège, jouant sur l’épuisement des partenaires internationaux, le sentiment antifrançais ambiant et l’argument imparable de la sécurité. Car le discours est bien rôdé : il s’agit de préserver le Mali de l’effondrement, d’éviter l’alternance confuse, de reconstruire sur des bases solides. Or, ce qui se trame en sourdine, c’est un basculement autoritaire assumé, dont les instruments sont désormais légalisés. Depuis 2020, le Mali traverse une suite de crises imbriquées : coups d’État, instabilité sécuritaire, retrait des forces françaises, montée en puissance de la Russie, isolement diplomatique. Le tissu institutionnel a été laminé, les voix critiques étouffées, et la population laissée face à elle-même, entre résignation, colère et espoir vague d’un sursaut. Mais ce sursaut, qui pourrait encore le porter ? Quand la démocratie devient un mirage, quand les lois sont façonnées au service d’un seul homme, quand les urnes sont reléguées aux oubliettes de l’histoire récente, que reste-t-il au peuple malien, sinon le murmure d’une liberté confisquée ? En muselant la scène politique, en prorogeant indéfiniment son mandat, en instaurant un ordre univoque déguisé en stabilité, Goïta redessine les contours d’une république sans république. À l’image des vieilles dictatures africaines que l’on croyait révolues, il transforme le Mali en laboratoire d’une gouvernance militaire du XXIe siècle, sans l’ombre d’un contre-pouvoir. Ce 11 juillet 2025 restera une date marquante, non pas comme un acte fondateur, mais comme le point de non-retour. Non pas le début d’un renouveau, mais la fin programmée d’un processus de transition devenu captif de ses propres promesses trahies. Le peuple malien, dont la voix n’a pas été entendue, regarde désormais son avenir se dessiner dans un silence institutionnalisé. Un silence que même les armes, les lois ou les discours sécuritaires ne pourront éternellement faire taire.

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