Par Mohamed Tahar Aissani—/—Tandis que les bombes pleuvent sur Ghaza, que les hôpitaux croulent sous les décombres et que les mères enterrent leurs enfants par poignées, une alliance militaire perfide prend forme dans l’ombre : celle qui lie Rabat à Tel-Aviv. Le 11 juillet 2024, Les Échos lève un coin du voile sur ce pacte ténébreux, scellé non pas par la volonté des peuples mais par des calculs de cour et des obsessions dynastiques. « L’alliance militaire entre Israël et le Maroc se renforce malgré la guerre à Gaza », titre le journal.
Une phrase sèche, presque anodine. Mais derrière ce constat froid, c’est toute une trahison historique qui se joue, une forfaiture politique doublée d’un effondrement moral. Depuis les Accords d’Abraham de 2020, le régime chérifien ne cesse de dérouler le tapis rouge au sionisme le plus brutal. En coulisse, les deals s’empilent : satellites espions israéliens pour un milliard de dollars, systèmes de défense Barak à plus d’un demi-milliard, drones Heron pour surveiller le peuple et les frontières – mais pas celles de l’ennemi. L’ennemi, pour la monarchie marocaine, ce n’est plus l’occupant israélien, ce sont les peuples libres, les militants, les manifestants, les journalistes. Ce sont ceux qui osent réclamer que Rabat rompe avec Tel-Aviv. Pendant que les dockers d’Espagne et de France refusent de charger les cargos israéliens, Rabat, elle, offre le port de Tanger comme une halte logistique aux navires bourrés de matériel de guerre. Essence, vivres, service royal. La guerre à Ghaza a ses complices actifs. Et certains, bien loin de Tel-Aviv, parlent encore arabe. Mais la trahison n’est pas seulement politique. Elle est désormais militaire. Un document explosif révélé le 24 juin 2025 par le journaliste libanais René Naba jette une lumière crue sur la profondeur de la collusion. Une note émanant du « Bureau de liaison du Royaume du Maroc en Israël », adressée au ministère des Affaires étrangères marocain, évoque sans détour la mort de deux officiers marocains — le capitaine Mahdi Jennour et le commandant Jamal Idrissi — dans une attaque iranienne contre la base aérienne de Meron, en Galilée. Un troisième officier marocain, Nour-Eddine Tazi, y aurait été gravement blessé. Que faisaient ces officiers marocains à Meron ? Ils ne surveillaient ni les frontières du Sahara, ni celles de Sebta et Melilla. Non. Ils participaient à un « programme d’entraînement conjoint » avec les forces israéliennes. Autrement dit, ils se préparaient à la guerre aux côtés de l’occupant, contre les peuples de la région. Car Meron n’est pas une simple base : perchée au sommet du mont Jarmaq, elle scrute les cieux du Liban, de la Syrie, de Chypre, de la Turquie et du nord de la Palestine. Et c’est bien elle que la résistance libanaise a prise pour cible en janvier 2024. Face à cette dérive sans précédent, le peuple marocain, lui, ne se tait pas. Depuis le 7 octobre 2023, les manifestations s’intensifient dans toutes les villes du royaume. À Tanger, des milliers de citoyens ont bravé la peur pour dénoncer la complicité de leur gouvernement avec le bourreau israélien. Les cris montent, les pancartes s’élèvent, mais le Makhzen fait la sourde oreille. Car pour lui, la normalisation n’est pas un choix, c’est une stratégie de survie. Le trône veut des garanties pour continuer à régner sans partage sur un pays qui souffre en silence. Il veut le feu vert de Washington et la bénédiction de Tel-Aviv pour poursuivre l’occupation du Sahara occidental, pour continuer à piller le phosphate, pour vendre les côtes atlantiques au plus offrant. Ce que révèle cette séquence, c’est la nature réelle d’un régime en fin de règne : une monarchie usée, obsédée par sa propre survie, prête à toutes les trahisons, même les plus ignobles, pour un peu de reconnaissance diplomatique. Le Maroc officiel a quitté la cause palestinienne. Il a tourné le dos à l’histoire, au peuple, à la mémoire. Il s’est vendu à l’enchère des puissances, s’imaginant que les deals militaires pouvaient combler le vide béant de la légitimité populaire. Mais l’histoire n’oubliera pas. Elle n’oubliera ni les satellites de la honte, ni les ports complices, ni les officiers morts sous une bannière étrangère. Elle retiendra que pendant que Gaza brûlait, le régime marocain jouait du sabre avec ses nouveaux alliés. Et que face à l’indignité d’un pouvoir, un peuple digne, lui, continuait de marcher dans la rue. Pour la Palestine. Pour l’honneur. Pour l’Histoire.
