Infrastructures ferroviaires:
Le souffle du rail et la promesse du phosphate

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Il est des projets qui dépassent la simple addition de chiffres et de pourcentages, des chantiers qui incarnent à la fois une vision et une promesse. La ligne minière orientale du chemin de fer, en est un. Derrière les excavatrices, les remblais et les rapports ministériels se joue bien plus qu’un programme d’infrastructures : c’est la tentative d’un pays de relier ses ressources naturelles à son destin économique et géopolitique.

Le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a annoncé la création d’un comité central chargé de suivre pas à pas l’avancement du projet. À première vue, cela pourrait paraître un simple détail bureaucratique. Mais dans un pays où les retards chroniques ont souvent érodé la confiance, l’instauration d’un tel dispositif de contrôle devient un signal fort : celui de la volonté de remettre le temps, la rigueur et la transparence au cœur de l’action publique. Lors de sa visite dans la wilaya d’El-Tarf, le ministre a voulu voir de ses propres yeux les chantiers. Les chiffres avancés sont flatteurs : plus de 80 % des travaux de terrassement achevés, des remblais qui suivent le même rythme, trois grands ponts déjà réalisés, onze passages inférieurs ouverts, et une promesse : que les trois tunnels de la section nord reliant Annaba à Bouchegouf soient livrés avant la fin de l’année. Mais derrière ces pourcentages et ces jalons se dessine un enjeu plus vaste. Ce tronçon de 54 kilomètres n’est pas seulement un ruban de ferraille et de béton : il est la charnière d’un corridor qui doit irriguer tout l’Est algérien et inscrire le pays dans la carte régionale du phosphate et du commerce. Le ministre a rappelé que ce chantier dépasse la seule exploitation du phosphate. L’ambition est double : fluidifier les échanges entre les wilayas de l’Est et projeter l’Algérie sur la scène internationale comme acteur structurant. Une Algérie qui ne se contente plus d’extraire et d’exporter ses ressources brutes, mais qui bâtit les infrastructures d’un développement intégré, appuyé sur la complémentarité entre mines, ports et chemins de fer. Le projet du port phosphatier d’Annaba, annoncé dans le cadre du plan intégré du phosphate, s’inscrit dans la même logique. Il reste toutefois à interroger cette dynamique au-delà de la communication institutionnelle. Car les promesses d’échéances respectées, les comités de suivi et les annonces spectaculaires ont souvent jalonné notre histoire récente. Ce qui manque encore, c’est une véritable culture de reddition de comptes, une pédagogie publique qui mette le citoyen au cœur du processus et qui transforme le jargon technique en langage de confiance. Les 80 % d’avancement ne signifient rien pour un paysan de Guelma ou un chômeur d’Annaba si cela ne se traduit pas demain par un emploi, une mobilité facilitée, un prix plus juste des denrées transportées. L’Algérie a connu trop de projets stratégiques avortés ou ralentis pour se contenter de chiffres flatteurs. Le défi est donc ailleurs : il réside dans la capacité à faire de cette ligne minière orientale une réalité vécue, une infrastructure qui change la vie et non pas un symbole de plus sur les brochures ministérielles. Car un chantier peut être techniquement achevé et politiquement inachevé. Ce qui se joue ici, c’est l’idée même de souveraineté économique. Le phosphate, ressource longtemps bradée ou mal valorisée, devient avec ce projet l’ossature d’une ambition nationale : celle d’un pays qui veut transformer la rente minière en levier industriel. Mais il faudra veiller à ce que la promesse ne se dilue pas dans les tunnels du temps, que les rails ne rouillent pas avant d’avoir porté le train du développement, et que les chiffres d’aujourd’hui se traduisent demain en réalités palpables. La ligne orientale n’est pas seulement une voie ferrée. Elle est un test. Test de sincérité politique, test de compétence technique, test de crédibilité internationale. Si elle réussit, elle pourra être le signal d’une Algérie qui, enfin, prend le train de son histoire en marche. Si elle échoue, elle ne sera qu’une nouvelle station abandonnée sur le long chemin de nos désillusions.

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