La commune de Merahna, nichée dans les hauteurs de la Daïra de Taoura, au cœur de la wilaya de Souk Ahras, est un territoire de contrastes. Située à quelques encablures de la frontière tunisienne, cette localité est officiellement ciblée par des programmes de désenclavement. Pourtant, sur le terrain, ses habitants, en majorité agriculteurs et jeunes sans emploi, peinent à voir le fruit de cette reconnaissance.
Merahna incarne le paradoxe d’une terre à vocation agricole forte, riche d’une jeunesse aguerrie et entreprenante, mais freinée par un handicap chronique de moyens, la positionnant, dans l’imaginaire collectif, comme une commune « pauvre ». Merahna est au centre de l’activité céréalière de la région, avec des exploitations spécialisées dans la multiplication des grains, l’arboriculture fruitière, et l’élevage ovin. La commune dispose d’une Superficie Agricole Utile (SAU) non négligeable. Ses agriculteurs, notamment les jeunes promoteurs, bénéficient de la tradition locale et de l’aide de l’État pour l’acquisition de matériel et l’amélioration des rendements. L’importance stratégique de Merahna est reconnue, notamment avec la récente inscription de projets de centres de proximité pour le stockage des céréales dans la région. Ces structures visent à optimiser la conservation des récoltes et à renforcer l’autosuffisance alimentaire nationale. Le potentiel est là : des terres, un savoir-faire et une main-d’œuvre locale qui ne demande qu’à être valorisée. Malgré cet atout agricole, Merahna souffre de carences qui entravent sa modernisation et sa capacité à retenir sa population. Si des efforts sont constatés (raccordement au gaz de ville, réception de salles de soins et de nouvelles écoles), les reportages soulignent que le désenclavement routier des mechtas et des zones agricoles reste un défi majeur. Le manque de routes aménagées et l’état de certaines pistes rurales pénalisent la collecte des produits et l’accès aux services, augmentant les coûts d’exploitation pour les agriculteurs.
Le manque cruel de distraction et de loisirs
C’est un point de friction essentiel pour la jeunesse : Merahna manque d’infrastructures dédiées aux loisirs, au sport et à la culture. Les projets de stades de proximité et d’espaces de détente, bien qu’inscrits dans des programmes de développement, tardent à se concrétiser ou ne sont pas suffisants pour répondre à l’attente d’une jeunesse « aguerrie » qui aspire à un cadre de vie moderne. « La jeunesse de Merahna est prête à travailler la terre et à investir, mais elle a besoin de plus qu’une route et d’un toit. Elle a besoin d’un avenir et d’un lieu où vivre décemment, avec des activités pour s’épanouir. L’absence de centres de loisirs est un facteur d’exode rural. » Les programmes gouvernementaux comme ceux destinés aux zones d’ombre ont injecté des fonds (plusieurs milliards de Dinars pour la wilaya), notamment pour le raccordement en électricité, gaz et eau. Cependant, l’étalement des projets dans le temps et les blocages administratifs ou financiers locaux (l’«handicap de moyens») ralentissent la concrétisation des initiatives les plus ambitieuses visant à transformer véritablement le quotidien.
Perspective : L’appel à la modernisation
Pour que Merahna sorte de sa position de « commune pauvre », le développement ne doit pas se limiter aux infrastructures de première nécessité. La solution réside dans le soutien aux jeunes promoteurs, dans l’accélération des projets de transformation agroalimentaire locale (petites unités de conditionnement, etc.) pour créer de la valeur ajoutée sur place, plutôt que d’exporter la matière première brute, reffléchir à l’Investissement dans le social et la jeunesse par la réalisation de manière prioritaire de complexes sportifs, maisons de jeunes et bibliothèques pour offrir des alternatives concrètes et lutter contre l’ennui et le désœuvrement. La valorisation de la position frontalière s’impose pour exploiter la proximité avec la Tunisie (dans un cadre réglementé) pour développer de petits pôles économiques frontaliers, notamment en matière de services et de commerce, afin de générer des revenus propres à la commune. Merahna est à un tournant, entre son héritage agricole et la nécessité de se moderniser, l’efficacité des investissements et la rapidité des réalisations seront la clé pour transformer ce potentiel en réalité durable. La richesse de Merahna ne se compte pas en infrastructures de loisirs, mais en hectares de terres fertiles. Le territoire est, par excellence, un berceau céréalier. La commune exporte majoritairement des matières premières brutes (céréales, olives, bétail) vers les centres urbains de Souk Ahras ou Annaba. Mais le maillon manquant est La transformation. En effet l’absence d’unités locales de première transformation (minoteries artisanales, unités d’extraction d’huile d’olive, abattoirs de proximité, ou même des ateliers de conditionnement) fait perdre à Merahna une valeur ajoutée cruciale. Les bénéfices de la récolte migrent vers les entreprises des grandes villes, laissant peu de retombées économiques directes pour la commune elle-même. Bien que la jeunesse soit « aguerrie, » elle a besoin d’un encadrement technique soutenu. Les programmes doivent se concentrer sur l’irrigation moderne (face aux défis climatiques) et les techniques de stockage post-récolte pour minimiser les pertes, qui peuvent être importantes dans ces régions enclavées.L’impératif de modernité agricole passe par l’industrialisation à petite échelle, gérée par les jeunes agriculteurs locaux, pour créer des emplois permanents et un fonds de roulement communal. L’urgence des loisirs pour la Jeunesse, le manque d’activités sociales et sportives est souvent le facteur invisible mais déterminant de l’exode rural ou de la détresse sociale de la jeunesse. Dans une commune frontalière comme Merahna, offrir des moyens de distraction n’est pas un luxe, mais une stratégie de sécurité sociale et économique. Cela permet d’occuper sainement les jeunes et de leur fournir un espace pour développer leurs talents (sportifs, artistiques, numériques), les ancrant ainsi durablement dans leur territoire. « Nous sommes la force de Merahna, mais quand le soir tombe, il n’y a nulle part où aller, rien à faire. On nous demande de rester et de construire, mais on nous prive des moyens de vivre pleinement ici. » Nous a-t-on fait savoir. Ce développement met en lumière que la commune de Merahna a besoin d’une approche de développement intégrée : l’investissement dans l’économie (agriculture transformée) doit marcher de pair avec l’investissement dans le capital humain (loisirs et culture).
Le stigmate de l’hôpital de Merahna : un investissement de santé en péril
Au cœur des carences qui frappent Merahna, l’épisode de son complexe hospitalier reste une plaie ouverte pour la collectivité. Édifiée il y a quelques années et dotée d’équipements de pointe coûteux, cette infrastructure de santé qui aurait dû être le fleuron du service public local, a connu un destin tragique. Durant plusieurs mois, le site a été squatté puis vandalisé, entraînant le saccage de matériels médicaux onéreux et la dégradation profonde des locaux. Bien que les autorités aient finalement procédé au délogement des occupants, les séquelles de cette période d’anarchie sont lourdes. Aujourd’hui, l’établissement est entré dans une phase de réhabilitation, mais le chantier est complexe et coûteux. Malgré les travaux en cours, l’hôpital est encore loin d’être opérationnel, laissant la population dans une attente frustrante : celle de voir enfin ces murs soigner les citoyens plutôt que de témoigner d’un immense gâchis matériel et social.
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