Quand la fiction franchit la porte de l’hôpital:
L’Ordre des médecins saisit l’Autorité de régulation après la diffusion de scènes controversées

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—
Un texte daté du 24 février 2026 fait remonter au sommet de la régulation audiovisuelle une question devenue explosive : jusqu’où une fiction peut-elle aller lorsqu’elle met en scène l’hôpital, le médecin et la patiente, sans abîmer la confiance publique dans le soin ? Dans un écrit adressé au Président de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel, le président du Conseil national de l’Ordre/instance nationale d’éthique médicale, Dr Mohamed Berkani, annonce un signalement officiel après la diffusion, sur la chaîne privée El Hayat TV, d’extraits du feuilleton « Al Mouhajir » (المهاجر) durant les soirées du Ramadan.Selon le document, l’instance déontologique dit avoir reçu des plaintes professionnelles documentées et constaté un large émoi dans la communauté de santé. L’objet de l’alerte est explicite : certains passages montreraient un « médecin » dans des attitudes jugées inacceptables moralement et professionnellement envers une patiente, à l’intérieur d’un espace hospitalier. Pour l’Ordre, il ne s’agit pas d’un simple détail de scénario, mais d’une représentation susceptible de porter atteinte à la dignité du patient, de déformer l’image de la pratique médicale et de fragiliser la confiance dans l’institution hospitalière et dans le corps médical.Le texte insiste sur l’effet social de ce type d’images lorsqu’elles sont diffusées à grande audience : la fiction n’est pas consommée comme une simple séquence “artistique”, mais comme une fabrique de perceptions. Lorsque la mise en scène « normalise » des comportements déviants ou ambigus dans un cadre de soin, elle peut provoquer, selon l’Ordre, un triple dommage : soupçon généralisé, perturbation de la relation thérapeutique, et montée des tensions dans les structures de santé déjà éprouvées. L’argument central avancé est celui du cadre éthique. La liberté de création, même large, ne confère pas écrit l’instance, un “droit” à l’atteinte à la dignité du malade, ni à la caricature d’une profession qui engage la sécurité morale et sanitaire de la société. Le timing est présenté comme aggravant : en période de forte audience et durant le Ramadan, l’impact culturel est démultiplié, car la scène ne se contente pas d’émouvoir ; elle installe des croyances, influence des attitudes et peut alimenter des comportements de défiance ou de jugement envers les soignants. Dans ce contexte, l’Ordre indique tenir la chaîne et le producteur pour responsables du contenu diffusé, et demande à l’Autorité de régulation d’agir « sans délai » dans le cadre de ses prérogatives. Plusieurs mesures sont explicitement sollicitées : l’ouverture d’une constatation immédiate des épisodes concernés et l’identification des scènes litigieuses ; l’émission d’un avertissement officiel à la chaîne et au producteur ; l’arrêt de la rediffusion des passages incriminés et leur retrait des plateformes numériques associées ; l’obligation d’un avertissement clair au public lorsqu’un contenu s’écarte des règles de respect de l’hôpital, du patient et de la profession ; et, sur un plan structurel, l’appel à recourir à un conseiller médical/éthique agréé dès lors qu’une œuvre dramatique investit le milieu hospitalier. Le courrier va plus loin en demandant, si les faits sont établis et s’ils se répètent, des sanctions ou mesures dissuasives conformément aux textes réglementaires. Le texte se veut également politique au sens noble : il refuse l’opposition simpliste entre “art” et “morale”. L’Ordre affirme ne pas combattre la création ni le traitement des sujets de société, mais rejette que l’hôpital devienne un décor de provocation ou un levier de rentabilité construit sur l’insinuation et l’abaissement du patient. La formule est sans détour : dénoncer des déviances réelles, oui, mais avec rigueur et responsabilité ; banaliser, normaliser, ou “glamoriser” l’abus, non. Au terme du document, l’instance déontologique demande une réponse écrite de l’Autorité, détaillant les actions engagées et les conclusions, au nom de la protection de l’intérêt général, de la dignité du patient et de la confiance sans laquelle aucun système de santé ne tient. Cette interpellation, au-delà d’un feuilleton et d’une chaîne, met à nu une fracture contemporaine : l’hôpital, lieu de vulnérabilité extrême, ne supporte pas la même grammaire que le divertissement. La société a besoin de récits, mais elle a aussi besoin d’un garde-fou : quand la fiction parle du soin, elle touche au pacte invisible qui lie le malade à celui qui le soigne. Et lorsque ce pacte est fragilisé à l’écran, ce n’est pas seulement une image qui se fissure, c’est une confiance collective. En portant l’affaire devant l’Autorité de régulation, l’Ordre des médecins cherche moins à censurer qu’à tracer une limite : celle où la liberté artistique ne doit pas devenir l’alibi d’une atteinte à la dignité, ni l’outil d’un “réalisme” fabriqué qui dégrade l’hôpital. Le débat est désormais public : comment raconter la médecine sans déformer la médecine ? Comment dramatiser sans banaliser l’inacceptable ? La réponse, dans ce dossier, est attendue du régulateur — mais elle concerne, en réalité, toute la chaîne : producteurs, diffuseurs, et conscience collective du regard.

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