En ce 14 avril 2026, la ville d’Annaba vit une journée historique en accueillant le souverain pontife, chef de l’Église catholique. Ce deuxième jour de la visite du Saint-Père est avant tout un pèlerinage sur les lieux où l’un des penseurs les plus brillants du catholicisme exerça son ministère en tant qu’évêque : Saint Augustin. Ce dernier officia jusqu’à son dernier souffle dans l’antique cité d’Hippone, dont la basilique actuelle, rebâtie au début du XXe siècle, surplombe superbement les ruines millénaires. Léon XIV n’est pas un inconnu pour la région. Déjà, dans les années quatre-vingt, il s’était rendu à Annaba en sa qualité de cardinal et représentant de l’ordre des Augustins. À l’époque, son périple l’avait mené de Souk Ahras (l’antique Thagaste), lieu de naissance d’Augustin, à M’Daourouch (Madaure), où naquit sa mère, sainte Monique. Cette région de l’Est algérien, la Numidie, fut au IVe siècle l’épicentre d’une chrétienté florissante. Fervent disciple de la doctrine augustinienne, le Pape actuel entend, par ce voyage, rendre un hommage solennel à la terre natale de son maître à penser. Bien que l’Algérie ait embrassé l’Islam de plein gré au fil des siècles, elle n’a jamais totalement occulté son passé millénaire. Avant la colonisation française, la population d’Hippone, devenue Bouna, entretenait un lien singulier avec les ruines où vécurent Augustin et sa mère. Les habitants de la cité et de ses environs effectuaient des visites rituelles sur le site, vouant un culte à celle qu’ils appelaient affectueusement « Lalla Bouna ». Ce syncrétisme populaire s’inscrivait dans la tradition vivace du culte des saints et des marabouts, tolérée et pratiquée partout en Afrique du Nord, à l’instar de la ferveur entourant Sidi Abdelkader El Jilali. Si ces pratiques se sont estompées après l’indépendance sous l’influence de lectures religieuses plus rigoristes, la mémoire des lieux, elle, demeure intacte. Le retour aux sources du christianisme entrepris par Léon XIV dans une terre profondément islamisée n’a rien d’incompatible avec le devoir de mémoire. C’est dans cette optique que la ministre de la Culture, Mme Bendaoud, a récemment soumis à l’UNESCO un projet ambitieux : la création d’un « itinéraire chrétien » en terre algérienne. Ce parcours, reliant Souk Ahras, M’Daourouch et Annaba, ambitionne de devenir une sorte de second « Saint-Jacques-de-Compostelle ». Un itinéraire spirituel et culturel qui permettrait aux chrétiens du monde entier de marcher sur les traces de Saint Augustin. L’inscription de ce circuit au patrimoine universel représenterait une reconnaissance majeure de l’Algérie comme terre de convergence des civilisations et de dialogue interreligieux. Le monde attend désormais de savoir si cette proposition audacieuse sera retenue par l’instance internationale.
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