Gestion du foncier économique:
Le virage stratégique de l’État se confirme

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Par Kheireddine Boukhalfa—/—
Le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, a présenté devant le Conseil de la nation un exposé dense mêlant données chiffrées et orientations stratégiques sur la situation du foncier économique en Algérie. Cette intervention, tenue lors d’une séance consacrée aux questions orales en présence de la ministre des Relations avec le Parlement, Nadjiba Djilali, a permis de mettre en lumière une transformation progressive du mode de gestion du foncier industriel, désormais axée sur la numérisation, la sécurisation juridique et l’optimisation de son affectation au profit de l’investissement productif. En effet, selon le ministre, le traitement du foncier industriel ne relève plus d’une logique administrative classique. Il s’inscrit désormais dans une approche centralisée et digitalisée, soutenue par les lois 22-18 et 23-17 encadrant l’investissement. Ces textes consacrent le principe de transparence dans l’attribution du foncier, notamment à travers la mise en place d’une plateforme numérique pilotée par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), en coordination avec les services des Domaines. Ce dispositif permet, selon la même source, de vérifier en amont la situation juridique des terrains avant leur mise à disposition. Une évolution significative, puisque l’offre foncière n’est plus basée sur une simple disponibilité théorique, mais sur une réelle aptitude juridique et économique à accueillir des projets. Sur le plan quantitatif, la plateforme numérique recense actuellement 1.675 assiettes foncières, représentant une superficie globale de plus de 3.100 hectares. Parmi elles, 1.427 sont destinées directement à des projets industriels, confirmant la priorité accordée à ce secteur dans la stratégie nationale.Dans le détail, 1.377 terrains sont localisés au sein de zones industrielles et zones d’activités, dont 786 répartis à travers 56 zones industrielles couvrant 36 wilayas. Cette structuration traduit une volonté d’organiser l’offre foncière autour de pôles exploitables et cohérents, au-delà de la simple augmentation du nombre de terrains disponibles. Au-delà des chiffres, cette démarche vise à corriger des dysfonctionnements longtemps pointés par les investisseurs : dispersion de l’information, lourdeur des procédures et existence de terrains non exploités ou juridiquement bloqués. La centralisation des données sur une plateforme unique permet ainsi de réduire l’incertitude, d’améliorer la visibilité sur les opportunités et de faciliter la prise de décision, notamment pour les projets industriels fortement dépendants des délais d’accès au foncier. S’agissant de l’état d’avancement des travaux d’aménagement, le ministre a dressé un bilan contrasté. Trente zones industrielles affichent un taux de réalisation supérieur à 80 %, dont six entièrement achevées, ce qui traduit une montée en puissance de l’offre immédiatement mobilisable. En parallèle, dix zones présentent un taux d’avancement compris entre 40 % et 80 %, tandis que dix autres n’ont pas dépassé les 10 % en raison de contraintes financières ou foncières. Ces retards illustrent, selon la même source, la persistance de blocages liés notamment aux procédures d’expropriation, à la complexité du foncier et à la coordination entre les différents acteurs. Le ministre a toutefois souligné que la loi de finances 2026 devrait contribuer à accélérer le rythme des travaux, avec l’objectif de finaliser la majorité des projets en cours durant l’année, et d’achever les autres à l’horizon 2028. Au final, cette politique du foncier industriel s’inscrit dans une vision plus large visant à réorganiser l’investissement à l’échelle nationale. En combinant numérisation, assainissement juridique, aménagement des zones et incitations régionales, les autorités entendent transformer le foncier en véritable levier de croissance, de création d’emplois et de diversification économique. L’enjeu, désormais, réside dans la capacité à concrétiser cette dynamique sur le terrain, en levant les derniers obstacles et en assurant une mise en œuvre efficace des projets engagés.

 

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