Il est fascinant de voir comment les chiffres viennent parfois bousculer les idées reçues. Le HelloSafe Prosperity Index 2026, publié le 9 avril, propose une lecture rafraîchissante, et forcément contrastée, de la dynamique économique au Maghreb. En s’éloignant du prisme réducteur du simple PIB, l’Algérie s’impose comme la locomotive de la prospérité régionale, se hissant sur la troisième marche du podium africain juste derrière les Seychelles et Maurice. Avec un score de 54,24 sur 100, Alger surclasse ses voisins directs, mais c’est surtout son modèle social qui fait la différence. Le pays affiche un coefficient de Gini de 27,6, soit le taux d’inégalité le plus faible du continent. Ce résultat n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une politique de redistribution massive de la rente énergétique. Entre subventions aux produits de base et un secteur public qui absorbe plus d’un tiers des emplois formels, l’Algérie a fait le choix de la cohésion plutôt que celui de la concentration des richesses. Si certains observateurs pointent du doigt l’ancienneté des données de base ou le coût budgétaire de ce modèle, l’impact sur le terrain est indéniable : une pauvreté résiduelle et un écart entre classes sociales réduit au minimum statistique. À l’inverse, le Maroc offre un visage paradoxal. Malgré une communication offensive axée sur ses fleurons industriels, de l’automobile électrique à l’hydrogène ver et son leadership mondial dans les phosphates, le Royaume peine à transformer ses succès macroéconomiques en bien-être généralisé pour ses ménages. Neuvième à l’échelle africaine, il ferme la marche du quatuor maghrébin avec un score de 36,73. Le verdict du Prosperity Index est sans appel : la richesse produite ne ruisselle pas assez. Avec un coefficient de Gini de 39,5, le Maroc est plombé par des inégalités de revenus criantes et un indice de développement humain (IDH) qui reste en retrait. Là où Alger mise sur une répartition horizontale des ressources, Rabat semble avoir privilégié l’émergence d’une vitrine de modernisation qui peine encore à masquer une pauvreté relative persistante. En somme, l’index dessine une nouvelle cartographie de l’Afrique du Nord où la véritable puissance ne se mesure plus seulement à la taille des usines, mais à la capacité d’un État à ne laisser personne sur le bord du chemin.
