Annaba:
Le silence assourdissant des autorités face à la mort de ceux qui racontent la ville

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Un journaliste est mort, puis un deuxième, puis un autre et encore un autre et le dernier en la personne de Ahmed Chabi a été enterré avant hier à Annaba. L’ingratitude est-elle devenue la seule oraison funèbre pour les journalistes d’Annaba ? La question se pose avec une amertume grandissante après la disparition successive de plusieurs figures de la presse locale dont le dernier en date, Ahmed Chabi, qui s’en est allé dans une discrétion imposée par l’absence, non pas de ses pairs ou des citoyens, mais de ceux qu’il a côtoyés, interrogés et mis en lumière durant des années: les autorités civiles de la wilaya. En l’espace de quelques années, le scénario de l’oubli s’est répété à plusieurs reprises, transformant un triste hasard en une tendance révoltante. Alors que sous d’autres cieux algériens, le départ d’un journaliste de la presse est l’occasion pour l’État de rendre hommage au « quatrième pouvoir », à Annaba, le cercueil du journaliste semble franchir une frontière invisible vers l’indifférence institutionnelle. C’est un paradoxe cruel pour celui qui, comme Ahmed Chabi et ses confrères disparus avant lui, a passé sa vie à accompagner chaque développement, chaque crise et chaque projet de la Coquette. Le journaliste à Annaba est de tous les fronts : il est là lors des visites ministérielles, il est là sous la pluie pour rapporter les doléances des sinistrés, il est là dans les bureaux officiels pour relayer la parole de l’administration. Il est le témoin privilégié, souvent le seul, de l’évolution d’une cité complexe. Pourtant, au moment du départ ultime, cette proximité s’évapore. Aucune écharpe tricolore, aucun représentant de la wilaya, aucune autorité policière n’a jugé utile de marquer de sa présence les funérailles de ces hommes qui ont pourtant servi de pont entre le gouvernant et le gouverné. Ce mépris silencieux interroge sur la valeur réelle accordée à la liberté de la presse et au rôle social de l’informateur dans cette région. Comment expliquer qu’à Alger, Oran ou Constantine, les autorités se fassent un devoir d’accompagner les plumes locales vers leur dernière demeure, tandis qu’à Annaba, le journaliste est relégué au rang d’illustre inconnu dès que son clavier s’éteint ? Cette rupture de protocole et de décence humaine laisse un goût de cendre. Elle suggère que pour les décideurs locaux, le journaliste n’est qu’un outil de communication jetable, une voix utile tant qu’elle porte leur message, mais indigne d’un dernier égard une fois le silence venu. Le départ d’Ahmed Chabi dans cet anonymat officiel, aussi bien que ceux qui nous ont quitté avant lui, est une gifle pour l’ensemble de la corporation. C’est le signe d’une déconnexion profonde entre une élite administrative et ceux qui archivent l’histoire immédiate de la ville. En ignorant ces enterrements, les autorités ne font pas que manquer de respect à des défunts ; elles envoient un message de déconsidération à tous ceux qui, chaque jour, continuent de tenir la plume. Annaba mérite mieux que cette image d’une ville qui oublie ses sentinelles. Il est temps de rappeler que si le journaliste meurt, ses écrits restent, et l’histoire retiendra non seulement son œuvre, mais aussi l’ingratitude de ceux qui auraient dû, au nom de la République, saluer sa mémoire.

 

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