
En permettant à Marine Le Pen de conduire le bal de la campagne présidentielle de 2027 au lieu de son poulain favori, Jordan Bardella, les juges de la cour d’appel de Paris ont ironiquement donné l’occasion à la figure de proue du Rassemblement National (RN) de se pourvoir en cassation. Par ce pourvoi, qui suspend l’exécution de la peine encourue par la cheffe de file du parti, Marine Le Pen évite l’humiliation de devoir porter un bracelet électronique lors de sa campagne pour la présidentielle d’avril 2027. Ce rebondissement juridique lui permet, de fait, d’écarter la candidature de son remplaçant naturel, Jordan Bardella. La réunion du staff dirigeant du RN, qui a duré sept heures, a tranché : ce sera Marine et non Jordan. Ce dernier devra se contenter de briguer le poste de Premier ministre, car on sait que dans l’imaginaire politique du RN, le label « Le Pen » ne doit jamais être effacé. Les durs de l’ex-Front National ont imposé leur choix. Bardella, bien qu’approuvant en apparence ce choix cornélien, a dû avaler une pilule bien amère, même s’il s’efforce de n’en rien montrer. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’il conserve le même état d’esprit au fur et à mesure du déroulement de la campagne. Cet homme de trente-deux ans est ambitieux et a pris goût à l’exercice du pouvoir politique. De plus, il dispose de fervents partisans parmi la nouvelle génération du RN, qui trouve le label Le Pen devenu trop pesant. Il sait également qu’il compte des soutiens parmi les militants de la droite dite classique. Il n’est donc pas impossible que, dans les mois à venir, il soit tenté de créer sa propre structure politique, portant ainsi un coup de pied magistral à sa mentor. Privée de la présence et de la dynamique de son ex-poulain, Marine Le Pen perdrait incontestablement ses chances de devenir présidente de la République. Ce serait un coup fatal qui précipiterait l’effondrement du parti.