Diplomatie:
Le voyage de Pedro Sánchez à Alger plonge le Makhzen dans la fureur et l’isolement

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C’est un retournement de situation que Rabat n’avait visiblement pas anticipé, et qui résonne aujourd’hui comme un véritable séisme dans les couloirs du palais royal marocain. Une semaine seulement après la visite d’État historique du président Abdelmadjid Tebboune à Berlin, c’est au tour du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, de fouler le sol algérien.

Pour le Makhzen, le coup est d’autant plus rude qu’il intervient là où le pouvoir marocain pensait avoir définitivement scellé un alignement espagnol sur ses propres thèses. Derrière la façade d’une diplomatie marocaine feignant l’indifférence, la réalité est tout autre : c’est un vent de panique et de frustration qui traverse les cercles du pouvoir à Rabat. Pour comprendre l’intensité de la tension actuelle au Maroc, il faut remonter à la genèse de la brouille algéro-espagnole. En troquant en 2022 la neutralité historique de l’Espagne contre un soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, Pedro Sánchez avait été célébré à Rabat comme un « ami » et un allié stratégique. Le Makhzen pensait alors avoir définitivement isolé l’Algérie sur l’échiquier méditerranéen. Le voyage de Sánchez à Alger cette semaine vient de faire voler ce château de cartes en éclats. En se déplaçant en personne pour sceller la réconciliation et la reprise globale des relations économiques et énergétiques avec Alger, Madrid envoie un signal clair : l’Algérie demeure le pivot incontournable et le partenaire le plus fiable de la Méditerranée occidentale. Pour le roi Mohammed VI, voir son « protégé » espagnol briser la glace avec son principal rival régional est perçu comme une trahison politique majeure.

La presse marocaine entre mutisme et amertume

Les signes de cette irritation ne trompent pas. Dans les médias proches du palais et des services de renseignement marocains, le ton a radicalement changé. On oscille désormais entre : Un mutisme embarrassé sur les détails de la coopération algéro-espagnole, des attaques à peine voilées contre le « double jeu » de Madrid, accusé de pragmatisme cynique au détriment de ses « engagements » passés. Plusieurs éditorialistes à la solde du pouvoir marocain tirent déjà la sonnette d’alarme, qualifiant à demi-mot le gouvernement Sánchez de « partenaire versatile ». Ce que le Makhzen redoute par-dessus tout, c’est que ce dégel n’aboutisse à un rééquilibrage de la position espagnole sur le dossier du Sahara occidental, d’autant plus que la pression interne en Espagne (syndicats, opposition et société civile) n’a jamais accepté le revirement de 2022. Ce déplacement espagnol accentue une frustration marocaine déjà exacerbée par les récents succès diplomatiques de l’Algérie. Entre le partenariat énergétique de premier plan signé avec l’Allemagne et le rôle central de l’Algérie dans l’approvisionnement de l’Italie, Rabat assiste, impuissant, à son propre déclassement stratégique en Europe. «Le Makhzen réalise que l’Europe ne peut pas se passer du gaz, de l’hydrogène vert et de la stabilité sécuritaire que garantit Alger », confie un analyste politique basé à Alger. « Le chantage migratoire ou sécuritaire que Rabat a pu exercer sur Madrid ne fait plus le poids face aux impératifs géo-économiques actuels. » En acceptant de tourner la page de la discorde sans que l’Algérie n’ ait concédé le moindre pouce de sa position de principe, Pedro Sánchez inflige un camouflet magistral à la diplomatie marocaine. À Rabat, le silence est lourd, l’irritation est à son comble, et le sentiment d’avoir été utilisé puis marginalisé par le grand voisin ibérique commence à s’installer durablement. Le grand jeu diplomatique en Méditerranée vient de changer de camp.

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