Entre répression interne et diplomatie du silence:
 Le malaise marocain face aux drames de l’émigration

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Au moment où la jeunesse marocaine continue de prendre la mer au péril de sa vie pour fuir la détérioration des conditions socio-économiques, l’attitude des autorités du Royaume suscite une vive incompréhension. Les récents événements survenus aux abords de l’enclave de Ceuta et le long des côtes méditerranéennes remettent en lumière une crise sociale profonde, occultée par un silence institutionnel pesant et une réponse sécuritaire disproportionnée à l’intérieur des frontières. La répétition des tragédies liées à l’émigration clandestine, marquées par la mort de dizaines de jeunes migrants en mer et par des révélations troublantes concernant des agressions et des abus subis par des mineurs marocains non accompagnés à Ceuta, n’a pour l’instant donné lieu à aucune prise de parole officielle d’envergure de la part du gouvernement marocain. Alors que l’opinion publique internationale et les organisations de défense des droits humains s’alarment du sort réservé à ces adolescents livrés à eux-mêmes, le pouvoir central semble privilégier une stratégie de l’évitement. Aucune enquête d’envergure n’a été publiquement annoncée pour établir les responsabilités ou exiger des garanties de protection pour ces citoyens vulnérables. Ce mutisme face aux souffrances d’une jeunesse désemparée contraste violemment avec la gravité de la situation sur le terrain. Pendant que le silence règne sur les drames de l’émigration, la réaction des forces de l’ordre se fait en revanche particulièrement ressentir dans les rues des villes marocaines. Face aux rassemblements spontanés et aux mouvements de protestation contestant la cherté de la vie ou dénonçant le manque d’opportunités, le pouvoir répond par des méthodes policières musclées. La répression des contestations citoyennes illustre le refus des autorités de prendre à bras-le-corps les revendications sociales légitimes. Plutôt que d’apporter des solutions concrètes au chômage de masse et à la dégradation du pouvoir d’achat, le dispositif sécuritaire est déployé pour étouffer toute voix dissonante, accentuant le fossé entre la population et ses dirigeants. Pour détourner l’attention d’une opinion publique éprouvée par la crise et les abus, les relais médiatiques proches du pouvoir multiplient les manœuvres de distraction. Il est devenu récurrent d’orienter le débat public vers les tensions diplomatiques régionales et de cibler systématiquement le voisin algérien, cherchant ainsi à fabriquer une menace extérieure pour cacher les défaillances de la gouvernance interne. Cette stratégie de fuite en avant montre aujourd’hui ses limites. La réalité du malaise social, l’absence de perspectives pour la jeunesse et l’incapacité à protéger ses propres ressortissants à l’étranger traduisent une fragilité structurelle que la propagande et la répression ne parviennent plus à dissimuler. Face à l’accumulation des crises, le Royaume s’enferme dans une posture d’évitement qui fragilise jour après jour la cohésion sociale du pays.

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